{"id":2614,"date":"2026-02-14T20:02:44","date_gmt":"2026-02-14T19:02:44","guid":{"rendered":"https:\/\/simpletechprod.com\/?p=2614"},"modified":"2026-03-16T14:10:42","modified_gmt":"2026-03-16T13:10:42","slug":"la-procrastination","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/simpletechprod.com\/?p=2614","title":{"rendered":"La procrastination"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>Pourquoi remettons-nous parfois une t\u00e2che \u00e0 plus tard, alors que nous savons tr\u00e8s bien que cela va juste nous compliquer la vie ?<\/p>\n\n\n\n<p>La procrastination est souvent per\u00e7ue comme \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb de la paresse, un manque de motivation ou de discipline. Pourtant, ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment le cas. En r\u00e9alit\u00e9, derri\u00e8re la procrastination peut se cacher une mani\u00e8re parfois inconsciente d&rsquo;\u00e9viter un r\u00e9el inconfort \u00e9motionnel li\u00e9 \u00e0 une t\u00e2che ou une responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il peut \u00eatre donc utile d&rsquo;approfondir le sujet pour mieux se comprendre soi-m\u00eame et ses propres besoins, afin de trouver les strat\u00e9gies \u00e0 utiliser pour maintenir au mieux sa productivit\u00e9. Dans les lignes qui suivent, j&rsquo;explique&nbsp;ce qu\u2019est la procrastination, pourquoi elle appara\u00eet et ce qui peut aider \u00e0 la surmonter.<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous pr\u00e9f\u00e9rez&nbsp;une version plus compacte, vous pouvez \u00e9galement consulter la&nbsp;vid\u00e9o ci-dessous.<\/p>\n\n\n\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/koxpHsBPU2U?si=5q6Ub6QmBr22nv3u\" title=\"YouTube video player\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>En quoi consiste pr\u00e9cis\u00e9ment la procrastination?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Issu du latin \u00ab procrastinatio \u00bb qui signifie \u00ab remettre \u00e0 demain \u00bb, le mot \u00ab procrastination \u00bb garde aujourd\u2019hui le m\u00eame sens : celui de retarder volontairement une t\u00e2che qu\u2019on pourrait accomplir tout de suite (Online Etymology Dictionary; CNRTL). <br>Autrement dit, la procrastination, c\u2019est le fait de repousser ce qu\u2019on doit faire, parce qu\u2019on se sent d\u00e9pass\u00e9, fatigu\u00e9 ou qu\u2019on doute de soi. Ce comportement tr\u00e8s courant touche surtout les \u00e9tudiants, mais aussi beaucoup d\u2019adultes, dans leur vie professionnelle comme personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>On reporte ainsi volontairement une action pr\u00e9vue, car notre capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer nos intentions est souvent submerg\u00e9e, m\u00eame quand on sait que cela aura des cons\u00e9quences n\u00e9gatives (Khan, 2025; Steel, 2007). Elle affecte aussi bien les sph\u00e8res personnelles qu\u2019acad\u00e9miques et peut diminuer le bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>Les applications, rappels et to-do lists peuvent aider pendant un temps, mais elles ne r\u00e8glent pas le fond du probl\u00e8me. Au bout d\u2019un moment, les personnes qui procrastinent trouvent souvent un moyen de contourner ces outils ou de retomber dans leurs anciennes habitudes (Jayalakshmi &amp; Punithavalli, 2024 ; Jose &amp; Qasim, 2022 ; Khan et al., 2025 ; Hajek et al., 2025). <\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, la procrastination refl\u00e8te une difficult\u00e9 d\u2019autor\u00e9gulation : on peine \u00e0 g\u00e9rer ses \u00e9motions ou \u00e0 se mettre en action au bon moment (Steel, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>P.S.: Au fait, c\u2019est quoi la diff\u00e9rence entre la procrastination et la paresse ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La paresse signifie g\u00e9n\u00e9ralement manquer d\u2019envie ou d\u2019effort pour faire une activit\u00e9. La personne n\u2019est pas forc\u00e9ment en conflit avec elle-m\u00eame int\u00e9rieurement: il se peut m\u00eame qu\u2019elle soit relativement indiff\u00e9rente au r\u00e9sultat de son \u00e9vitement de la t\u00e2che. Dans ce cas, la personne n\u2019a pas vraiment l\u2019intention de faire la t\u00e2che et peut se sentir \u00e0 l\u2019aise avec cela.<\/p>\n\n\n\n<p>La procrastination, en revanche, signifie que la personne retarde une t\u00e2che tout en sachant que ce retard risque d\u2019avoir des cons\u00e9quences n\u00e9gatives. L\u2019intention de faire la t\u00e2che est bien pr\u00e9sente, mais un blocage int\u00e9rieur (p.ex. li\u00e9 au stress, \u00e0 la peur de l\u2019\u00e9chec ou \u00e0 l\u2019inconfort) emp\u00eache la personne de s\u2019y mettre. Cela peut alors cr\u00e9er un conflit int\u00e9rieur et un sentiment de culpabilit\u00e9 (Burton, 2015).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Identifier les signes de la procrastination<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La procrastination ne se r\u00e9sume pas \u00e0 \u00ab manquer de motivation \u00bb : c\u2019est un ensemble de comportements et de pens\u00e9es qui freinent l\u2019action et augmentent le stress. Voici les signes les plus fr\u00e9quents observ\u00e9s dans la recherche :<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Difficult\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer le temps ou \u00e0 s\u2019y mettre<\/em><\/strong><br>La procrastination est souvent li\u00e9e \u00e0 une mauvaise gestion du temps et \u00e0 une tendance \u00e0 \u00e9viter les t\u00e2ches qu\u2019on trouve trop longues, complexes ou stressantes (Jose et al., 2022). Par exemple, on peut pr\u00e9f\u00e9rer ranger son bureau ou r\u00e9pondre \u00e0 ses e-mails plut\u00f4t que de s\u2019attaquer \u00e0 la t\u00e2che principale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>D\u00e9calage entre intention et action<\/em><\/strong><br>Il y a souvent un \u00e9cart entre ce qu\u2019on pr\u00e9voit de faire et ce qu\u2019on fait r\u00e9ellement. On se dit \u201cje vais m\u2019y mettre tout de suite\u201d, mais au moment d\u2019agir, on se retrouve \u00e0 faire tout autre chose.<br>Ce d\u00e9calage entre la planification et l\u2019action est l\u2019un des signes les plus caract\u00e9ristiques de la procrastination. Il peut \u00eatre accentu\u00e9 par une surcharge mentale, lorsque le cerveau est satur\u00e9 d\u2019informations, de t\u00e2ches ou de distractions, ce qui rend difficile le passage \u00e0 l\u2019action m\u00eame lorsqu\u2019on sait quoi faire (Zhuo, 2024).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Remettre souvent \u00e0 plus tard des t\u00e2ches importantes<\/em><\/strong><br>Reporter une t\u00e2che importante parce qu\u2019on la trouve ennuyeuse, stressante ou trop difficile \u00e0 commencer. <br>Chez les \u00e9tudiants, ce comportement touche particuli\u00e8rement les activit\u00e9s li\u00e9es aux \u00e9tudes, mais aussi les t\u00e2ches domestiques, la sant\u00e9 ou la vie personnelle (Khan, 2025). Plus largement, la procrastination est \u00e9galement r\u00e9pandue chez les adultes actifs, y compris dans le milieu professionnel, o\u00f9 elle peut impacter la productivit\u00e9 et le bien-\u00eatre (Hajek et al., 2025). <br>Selon certaines \u00e9tudes, environ 70 % des \u00e9tudiants d\u00e9clarent procrastiner r\u00e9guli\u00e8rement pour leurs \u00e9tudes, et pr\u00e8s de 57 % pour des t\u00e2ches du quotidien (Khan, 2025).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Passer des heures sur des distractions<\/em><\/strong><br>Passer plus de 3 \u00e0 4 heures par jour sur les r\u00e9seaux sociaux, YouTube ou la t\u00e9l\u00e9vision avant de commencer une t\u00e2che importante, en se disant qu\u2019on \u201ccommencera dans cinq minutes\u201d ou qu\u2019on \u201csera plus concentr\u00e9 plus tard\u201d. <br>Ces activit\u00e9s, souvent per\u00e7ues comme une pause ou une r\u00e9compense, deviennent une forme de fuite \u00e9motionnelle lorsqu\u2019elles servent \u00e0 \u00e9viter l\u2019inconfort li\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che (Khan, 2025 ; Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007).<br><br><strong><em>Comparaison et \u00e9vitement<\/em><\/strong><br>La peur de l\u2019\u00e9chec ou du jugement peut pousser \u00e0 \u00e9viter de commencer un projet par crainte de ne pas \u00eatre \u00ab \u00e0 la hauteur \u00bb. <br>On se r\u00e9fugie alors dans des t\u00e2ches secondaires plus gratifiantes \u00e0 court terme, comme r\u00e9organiser ses fichiers, r\u00e9pondre \u00e0 des e-mails, ranger son espace de travail ou passer du temps \u00e0 planifier plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 agir. Ces activit\u00e9s donnent l\u2019impression d\u2019\u00eatre productif, mais elles servent surtout \u00e0 \u00e9viter la t\u00e2che principale (Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007 ; Khan et al., 2025).<br><br><strong><em>Ressentir culpabilit\u00e9 et stress apr\u00e8s coup<\/em><\/strong><br>Une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s de 624 \u00e9tudiants universitaires a montr\u00e9 que 85 % d\u2019entre eux ressentaient de la culpabilit\u00e9 ou des remords apr\u00e8s avoir procrastin\u00e9, en se disant \u201cj\u2019aurais d\u00fb m\u2019y mettre plus t\u00f4t\u201d ou \u201cje manque de discipline\u201d. Ces pens\u00e9es entretiennent un cercle vicieux : plus on se critique, plus on se sent stress\u00e9 et d\u00e9motiv\u00e9, et plus on a tendance \u00e0 procrastiner \u00e0 nouveau (Khan et al., 2025 ; Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Effets sur la performance et la qualit\u00e9 du travail<\/em><\/strong><br>La procrastination ne se limite pas \u00e0 un simple retard : elle influence directement la qualit\u00e9 du travail et les r\u00e9sultats obtenus.<br>Chez les \u00e9tudiants en programmation, ceux qui attendent le dernier moment pour commencer leurs projets produisent souvent un code moins structur\u00e9, avec davantage d\u2019erreurs, et obtiennent de moins bonnes notes (Firth &amp; Denny, 2024 ; Edwards &amp; Kazerouni, 2025). Ces retards s\u2019accompagnent d\u2019un stress accru \u00e0 l\u2019approche des \u00e9ch\u00e9ances, ce qui nuit \u00e0 la concentration et \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9.<br><br>Dans le milieu professionnel, les effets sont similaires. Des recherches montrent que plus une personne repousse ses t\u00e2ches, plus sa performance diminue, qu\u2019il s\u2019agisse des missions principales (ex. respecter une \u00e9ch\u00e9ance) ou d\u2019initiatives spontan\u00e9es (aider un coll\u00e8gue, proposer une id\u00e9e) (Metin, Peeters &amp; Taris, 2018). <br>Une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s de plus de 22 000 adultes r\u00e9v\u00e8le que ceux qui procrastinent souvent gagnent moins, changent plus fr\u00e9quemment d\u2019emploi et se sentent moins satisfaits de leur travail (Nguyen, Steel &amp; Ferrari, 2013).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce cercle vicieux de retards, de stress et de perte de motivation fragilise la confiance en soi et la qualit\u00e9 de vie professionnelle. Chez les d\u00e9veloppeurs, la tendance est comparable. Selon une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019ing\u00e9nieurs logiciels, la procrastination appara\u00eet surtout sur les projets longs ou mal cadr\u00e9s, o\u00f9 les attentes sont floues. Cela peut g\u00e9n\u00e9rer du stress, r\u00e9duire la qualit\u00e9 du code et provoquer des retards dans les livrables (Beaird, 2025).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les causes<\/h2>\n\n\n\n<p>Pourquoi remet-on toujours \u00e0 plus tard ?<br>Les recherches r\u00e9centes montrent que la procrastination est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe, influenc\u00e9 \u00e0 la fois par la personnalit\u00e9, les \u00e9motions et le contexte dans lequel on \u00e9volue:<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La gestion du temps : un point central<\/em><\/strong><br>Parmi les causes sous-jacentes, la mauvaise gestion du temps reste la plus fr\u00e9quente. <br>Une \u00e9tude montre qu\u2019elle est mentionn\u00e9e par plus des trois quarts des participants (76,2 %), suivie de l\u2019ennui (59,7 %), de la distraction (57,9 %) et du manque de motivation (57,3 %) (Khan, 2025 ; Jayalakshmi et al., 2024). Les \u00e9tudiants reconnaissent souvent avoir du mal \u00e0 hi\u00e9rarchiser leurs priorit\u00e9s ou \u00e0 estimer correctement le temps n\u00e9cessaire \u00e0 une t\u00e2che, ce qui les pousse \u00e0 la repousser.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>L\u2019environnement et le mode de vie<\/strong><\/em><br>Le contexte joue aussi un r\u00f4le important. Les \u00e9tudiants vivant en ville ont tendance \u00e0 procrastiner davantage que ceux des zones rurales (Jose et al., 2022). <br>En milieu urbain, le t\u00e9l\u00e9phone est devenu un outil incontournable du quotidien, car on s\u2019en sert pour payer, scanner un code QR, chercher un itin\u00e9raire ou v\u00e9rifier une information. Cette utilisation constante cr\u00e9e de nombreuses distractions num\u00e9riques, comme les notifications, les vid\u00e9os ou les r\u00e9seaux sociaux, qui interrompent r\u00e9guli\u00e8rement la concentration et facilitent le report d\u2019une t\u00e2che.<br>Dans les zones rurales, ces distractions sont souvent moins nombreuses : l\u2019acc\u00e8s \u00e0 Internet est parfois plus limit\u00e9, et le rythme de vie peut offrir moins de sollicitations num\u00e9riques. Ces diff\u00e9rences d\u2019environnement pourraient expliquer pourquoi la procrastination li\u00e9e aux \u00e9crans est plus marqu\u00e9e en ville (Sapienza et al., 2023 ; Olson et al., 2022).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La surcharge acad\u00e9mique et le stress<\/em><\/strong><br>Les \u00e9tudiants confront\u00e9s \u00e0 une forte charge de travail ont tendance \u00e0 procrastiner davantage, surtout le soir, apr\u00e8s des journ\u00e9es longues et \u00e9prouvantes (Zhuo, 2024). <br>Plus le stress augmente, plus le besoin de se d\u00e9tendre ou de se changer les id\u00e9es devient fort. On se dit \u201callez, encore quelques minutes\u201d, on regarde une vid\u00e9o ou on scrolle sur le t\u00e9l\u00e9phone \u2014 puis le temps file. Sur le&nbsp;moment, cela apaise un peu, mais ensuite la peur d\u2019\u00e9chouer ou la culpabilit\u00e9 ressurgit, parfois plus&nbsp;forte qu\u2019avant. Ce va-et-vient \u00e9motionnel nourrit un cercle vicieux : chaque pause retard\u00e9e complique le retour \u00e0 l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La fatigue<\/em><\/strong><br>La fatigue joue aussi un r\u00f4le important. Quand on manque de sommeil, notre cerveau a plus de mal \u00e0 se concentrer ou \u00e0 r\u00e9guler ses \u00e9motions, ce qui rend la procrastination plus probable. <br>Par exemple, dans une exp\u00e9rience avec des d\u00e9veloppeurs, une nuit sans sommeil a r\u00e9duit de 50 % la qualit\u00e9 du code produit et augment\u00e9 le nombre d\u2019erreurs (Fucci, Scanniello, Romano &amp; Juristo, 2018).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L<\/em>e<em> r\u00f4le de l\u2019attention dans la procrastination<\/em><\/strong><br>La mani\u00e8re dont on g\u00e8re notre attention influence fortement notre propension \u00e0 procrastiner.<br>Une \u00e9tude a observ\u00e9 que les personnes qui repoussent souvent leurs t\u00e2ches montrent des signes d\u2019affaiblissement de l\u2019attention dans des situations exigeantes (Micha\u0142owski et al., 2020). Une autre recherche montre que les personnes qui ont du mal \u00e0 r\u00e9guler leurs pens\u00e9es ou leurs \u00e9motions, et dont l\u2019esprit a tendance \u00e0 s\u2019\u00e9parpiller, sont plus susceptibles de remettre leurs t\u00e2ches \u00e0 plus tard (Wiwatowska et al., 2025).<br><br>Selon Tan (2025), trois dimensions du contr\u00f4le attentionnel jouent un r\u00f4le important dans le lien entre confiance en soi et procrastination:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Persistance sur la t\u00e2che : <\/em>c\u2019est la capacit\u00e9 \u00e0 rester concentr\u00e9 sur une activit\u00e9 m\u00eame quand quelque chose vient vous distraire. <\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>&#8211; Exemple: vous \u00eates en train de coder, mais votre t\u00e9l\u00e9phone vibre ou une notification appara\u00eet. Si vous vous laissez interrompre \u00e0 chaque fois, il faut plusieurs minutes pour retrouver votre concentration. <br>Quand cette persistance est faible, la t\u00e2che devient morcel\u00e9e, p\u00e9nible \u00e0 reprendre, et vous finissez par la remettre \u00e0 plus tard.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Concentration de l\u2019attention : <\/em>c\u2019est la facult\u00e9 de rester focalis\u00e9 sur un seul objectif sans se disperser.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>&#8211; Exemple : vous essayez d\u2019avancer sur un projet, mais votre esprit passe sans arr\u00eat d\u2019un onglet \u00e0 l\u2019autre, entre votre code, vos e-mails et une recherche Google. <br>Plus vous changez de t\u00e2che, plus votre concentration diminue, et plus il devient difficile de s\u2019y remettre. La procrastination appara\u00eet souvent \u00e0 ce moment-l\u00e0, quand l\u2019effort mental pour reprendre semble trop lourd.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><em>Distribution de l\u2019attention : <\/em>c\u2019est le fait de diviser son attention entre plusieurs t\u00e2ches en m\u00eame&nbsp;temps.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>&#8211; Exemple : vous tentez de corriger un bug tout en suivant une r\u00e9union et en r\u00e9pondant \u00e0 des messages. Vous avancez un peu sur chaque chose, mais lentement, avec plus d\u2019erreurs. <br>Ce sentiment de ne rien terminer \u00e9puise mentalement et pousse \u00e0 tout repousser. En voulant trop en faire \u00e0 la fois, vous finissez par ralentir sur tout.<br><br>Quand une personne est confiante (auto-efficacit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e), elle est plus susceptible de pers\u00e9v\u00e9rer et de rester concentr\u00e9e, ce qui aide \u00e0 \u00e9viter la procrastination. Toutefois, si cette m\u00eame personne tente de faire trop de choses en parall\u00e8le, donc en r\u00e9partissant son attention, elle peut au contraire retarder les t\u00e2ches (Tan, 2025).<br><br>A cela s\u2019ajoute un facteur \u00e9troitement li\u00e9 et souvent oubli\u00e9 et d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 plus haut: la fatigue. <br>Quand on est \u00e9puis\u00e9, notre attention vacille, notre volont\u00e9 baisse, et il devient beaucoup plus difficile de lutter contre les distractions. Cela rend la procrastination plus probable, m\u00eame si on veut vraiment avancer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Confiance en soi : trop peu ou trop<\/em><\/strong><br>La confiance en soi (autrement dit le sentiment qu\u2019on peut r\u00e9ussir, donc l&rsquo;auto-efficacit\u00e9) joue un r\u00f4le central dans notre capacit\u00e9 \u00e0 agir. Lorsqu\u2019on doute de ses comp\u00e9tences ou qu\u2019on anticipe l\u2019\u00e9chec, on a tendance \u00e0 repousser les t\u00e2ches importantes, surtout celles per\u00e7ues comme difficiles ou risqu\u00e9es. Plusieurs recherches montrent qu\u2019un faible niveau de confiance en soi est li\u00e9 \u00e0 une plus forte propension \u00e0 procrastiner (Liu et al., 2020; Wiwatowska et al., 2025; Sirois &amp; Pychyl, 2013). <br><br>Mais attention : trop de confiance peut parfois jouer contre soi. Certaines \u00e9tudes indiquent que des personnes qui surestiment leur capacit\u00e9 \u00e0 terminer une t\u00e2che procrastinent parce qu\u2019elles pensent pouvoir \u201crattraper le temps\u201d ou sous-estiment sa difficult\u00e9 r\u00e9elle (Ho, Ye &amp; Wang, 2020).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Le r\u00f4le des \u00e9motions dans la procrastination<\/em><\/strong><br>Certaines recherches montrent que la procrastination ne vient pas seulement d\u2019un manque d\u2019organisation, mais aussi de la mani\u00e8re dont on g\u00e8re ses \u00e9motions. Par exemple, une \u00e9tude qui a suivi des \u00e9tudiants pendant tout un semestre a montr\u00e9 que plus les \u00e9motions sont difficiles \u00e0 contr\u00f4ler, plus on a tendance \u00e0 remettre les choses \u00e0 plus tard (Chen &amp; Chung, 2025).<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9rer ses \u00e9motions, c\u2019est savoir reconna\u00eetre ce qu\u2019on ressent et r\u00e9agir sans se laisser submerger.<br>Quand on g\u00e8re mal ses \u00e9motions, on peut se sentir vite d\u00e9pass\u00e9, stress\u00e9 ou d\u00e9courag\u00e9 face \u00e0 une t\u00e2che, et on pr\u00e9f\u00e8re alors l\u2019\u00e9viter. Ce sont surtout les \u00e9motions d\u00e9sagr\u00e9ables comme la peur de l\u2019\u00e9chec, la frustration ou le stress qui d\u00e9clenchent ce m\u00e9canisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre \u00e9tude, utilisant des images du cerveau, a montr\u00e9 que les personnes qui r\u00e9gulent mieux leurs \u00e9motions, c\u2019est-\u00e0-dire qui arrivent \u00e0 apaiser ou canaliser ces sentiments difficiles, ont tendance \u00e0 moins procrastiner (Li, Zhang &amp; Feng, 2024).<br>De m\u00eame, une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019\u00e9tudiants en sciences m\u00e9dicales a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que ceux qui manquent de confiance en eux et ont du mal \u00e0 g\u00e9rer leurs \u00e9motions, par exemple \u00e0 reconna\u00eetre ce qu\u2019ils ressentent ou \u00e0 contr\u00f4ler leurs impulsions, sont plus susceptibles de procrastiner (Rad et al., 2025).<\/p>\n\n\n\n<p>Cela sugg\u00e8re que la procrastination est souvent le signe d\u2019un \u00e9puisement \u00e9motionnel ou d\u2019un stress int\u00e9rieur mal g\u00e9r\u00e9, plut\u00f4t qu\u2019un simple probl\u00e8me d\u2019organisation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Types de procrastination<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Toutes les formes de procrastination ne se ressemblent pas. Selon les recherches, les raisons de remettre \u00e0 plus tard et la mani\u00e8re dont cela se manifeste varient d\u2019une personne \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Comprendre ces diff\u00e9rences aide \u00e0 mieux rep\u00e9rer ce qui se joue derri\u00e8re le comportement.<\/p>\n\n\n\n<p>La forme la plus connue est la <strong><em>procrastination \u00ab classique \u00bb<\/em><\/strong>, celle o\u00f9 l\u2019on retarde une t\u00e2che importante en se r\u00e9fugiant dans des activit\u00e9s plus faciles ou plus agr\u00e9ables. <br>On se dit que l\u2019on commencera \u201cquand on sera pr\u00eat\u201d, \u201cdans dix minutes\u201d ou \u201capr\u00e8s une petite pause\u201d. Ce type de procrastination est souvent li\u00e9 \u00e0 la peur de l\u2019\u00e9chec, \u00e0 un perfectionnisme trop exigeant ou \u00e0 une fatigue mentale qui bloque le passage \u00e0 l\u2019action (Sirois &amp; Pychyl, 2013; Steel, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre type est ce qu\u2019on appelle la <em><strong>procrastination strat\u00e9gique<\/strong><\/em>. Certaines personnes choisissent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de retarder une t\u00e2che, non pas pour l\u2019\u00e9viter, mais pour se donner le temps de mieux r\u00e9fl\u00e9chir, rassembler leurs id\u00e9es ou attendre un moment de pression qui stimule leur cr\u00e9ativit\u00e9. <br>Des \u00e9tudes ont montr\u00e9 que cette forme de \u201cretard actif\u201d peut, dans certains cas, conduire \u00e0 de meilleures performances ou \u00e0 des solutions plus originales (Smith &amp; Zhao, 2025). Cela dit, elle reste un jeu d\u2019\u00e9quilibre : attendre trop longtemps transforme souvent une strat\u00e9gie r\u00e9fl\u00e9chie en stress inutile.<br><br>Il existe aussi la <em><strong>procrastination du sommeil<\/strong><\/em>. C\u2019est le fait de repousser l\u2019heure du coucher alors m\u00eame qu\u2019on est fatigu\u00e9, souvent pour r\u00e9cup\u00e9rer un moment \u00e0 soi apr\u00e8s une journ\u00e9e charg\u00e9e. <br>On reste scotch\u00e9 \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone, on d\u00e9file les r\u00e9seaux ou on regarde \u201cjuste un dernier \u00e9pisode\u201d. Ce comportement est li\u00e9 \u00e0 une surcharge mentale et \u00e0 un besoin de reprendre le contr\u00f4le sur son temps libre (Zhuo, 2024). \u00c0 la longue, il nuit au sommeil et renforce la fatigue, ce qui entretient le cercle vicieux de la procrastination le lendemain.<br><br>Enfin, certaines recherches distinguent la <em><strong>procrastination situationnelle<\/strong><\/em>, qui appara\u00eet dans des contextes pr\u00e9cis comme un projet flou, une charge trop lourde ou une consigne mal comprise.<br>Chez les d\u00e9veloppeurs, par exemple, ce type de procrastination se manifeste souvent lors de projets \u00e0 long terme, o\u00f9 les attentes sont peu claires ou les objectifs mal d\u00e9finis (Beaird, 2025). L\u2019incertitude cr\u00e9e alors une forme de paralysie mentale : on ne sait pas par o\u00f9 commencer, donc on attend.<br><br>En somme, la procrastination n\u2019a pas qu\u2019un seul visage. Elle peut \u00eatre une fuite face \u00e0 la peur, une mani\u00e8re maladroite de se prot\u00e9ger de la fatigue, ou parfois une tentative sinc\u00e8re d\u2019optimiser son temps. La cl\u00e9 est d\u2019apprendre \u00e0 reconna\u00eetre son propre sch\u00e9ma pour pouvoir agir dessus avec plus de lucidit\u00e9 et de bienveillance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quelles sont les cons\u00e9quences de la procrastination?<\/h2>\n\n\n\n<p>Quand la procrastination devient une habitude qui dure dans le temps, elle finit par avoir un vrai impact sur la sant\u00e9 mentale, les relations avec les autres et la performance, que ce soit au travail ou \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<br><br><strong><em>Des effets sur les \u00e9tudes et le travail<\/em><\/strong><br>Repousser sans cesse les t\u00e2ches finit par nuire \u00e0 l\u2019apprentissage et \u00e0 la productivit\u00e9.<br>Les \u00e9tudiants qui procrastinent ont tendance \u00e0 accumuler du retard, \u00e0 produire un travail de moindre qualit\u00e9 et \u00e0 \u00e9prouver plus de difficult\u00e9s \u00e0 respecter les \u00e9ch\u00e9ances (Jayalakshmi et al., 2024 ; Khan, 2025).<br><br>Lorsque la procrastination devient une habitude qui dure dans le temps, elle peut peser lourd sur diff\u00e9rentes sph\u00e8res de la vie. <br>Dans l\u2019\u00e9tude de Khan (2025), environ 70 % des participants rapportent que la procrastination affecte directement leur travail ou leurs \u00e9tudes, par exemple, avec des retards, une baisse de qualit\u00e9 des rendus ou une charge de stress accrue. De plus, 55,1 % disent ressentir un impact concret dans leur vie personnelle, que ce soit dans les relations, les responsabilit\u00e9s familiales ou les projets personnels (Khan, 2025). L\u2019\u00e9tude rapporte que plus de 65 % des participants disent souffrir de probl\u00e8mes de sommeil ou de stress en rapport avec leur procrastination (Khan, 2025).<br><br>Ces t\u00e9moignages montrent que la procrastination ne se limite pas \u00e0 des retards de t\u00e2ches : elle peut aussi provoquer de la fatigue, des tensions mentales et bouleverser l\u2019\u00e9quilibre de la vie quotidienne.<br><br>Dans le milieu des technologies, chez les d\u00e9veloppeurs, la procrastination est souvent li\u00e9e \u00e0 un stress accru, \u00e0 une productivit\u00e9 moindre et \u00e0 des difficult\u00e9s de concentration (Saghi, 2025).<br><br><strong><em>Des cons\u00e9quences sur la sant\u00e9 et le bien-\u00eatre<\/em><\/strong><br>Les retards r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et la pression qui en d\u00e9coule augmentent le stress et perturbent le sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus de 65 % des \u00e9tudiants d\u00e9clarent ressentir des effets sur leur sant\u00e9 physique et mentale, comme des troubles du sommeil ou une fatigue persistante (Khan, 2025).<\/p>\n\n\n\n<p>La surcharge de travail pousse aussi certains \u00e0 rogner sur leur temps de repos, notamment en se couchant plus tard pour rattraper le temps perdu \u2014 un ph\u00e9nom\u00e8ne bien document\u00e9 dans la \u00ab procrastination du sommeil\u00ab (Zhuo, 2024). Au fil du temps, cette d\u00e9r\u00e9gulation du rythme de vie peut r\u00e9duire le plaisir li\u00e9 aux loisirs et renforcer l\u2019\u00e9puisement (Zhuo, 2024).<br><br><strong><em>Isolement social et solitude<\/em><\/strong><br>La procrastination est aussi li\u00e9e \u00e0 des effets sociaux n\u00e9gatifs : isolement, solitude et retrait des relations. Les comportements d\u2019\u00e9vitement et la mauvaise gestion du temps peuvent accentuer le repli sur soi et r\u00e9duire les interactions sociales (Hajek, 2025).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>D\u00e9tresse psychologique<\/em><\/strong><br>Quand la procrastination devient une habitude, ses effets vont bien au-del\u00e0 des retards : elle peut toucher la sant\u00e9 et le rythme de vie. <br><br>Une \u00e9tude longitudinale montre que les personnes qui repoussent souvent leurs t\u00e2ches ont tendance \u00e0 avoir plus de stress et \u00e0 n\u00e9gliger leurs repoussent souvent leurs t\u00e2ches ont tendance \u00e0 avoir plus de stress et \u00e0 n\u00e9gliger leurs comportements de sant\u00e9 (mauvais sommeil, alimentation, etc.) (Sirois, Stride &amp; Pychyl, 2023). Par exemple, une autre \u00e9tude indique que la procrastination est li\u00e9e \u00e0 une moins bonne qualit\u00e9 de sommeil et des sympt\u00f4mes d\u2019insomnie (plus de fatigue, difficult\u00e9s \u00e0 dormir) chez les \u00e9tudiants (Firth &amp; Denny, 2024 ; Edwards &amp; Kazerouni, 2025).<br><br>Chez les adultes aussi, la procrastination est associ\u00e9e \u00e0 un report des soins pr\u00e9ventifs : certains retards dans les examens m\u00e9dicaux ou les contr\u00f4les r\u00e9guliers peuvent r\u00e9sulter de la tendance \u00e0 remettre \u00e0 plus tard les d\u00e9marches de sant\u00e9 (Monaghan et al., 2025). Ces observations montrent que la procrastination, \u00e0 long terme, peut s\u2019immiscer dans les habitudes quotidiennes (sommeil, soins, hygi\u00e8ne) et fragiliser le bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, des recherches r\u00e9centes montrent qu\u2019il existe un lien clair entre la procrastination fr\u00e9quente et un mal-\u00eatre psychologique plus profond, incluant parfois des pens\u00e9es suicidaires (Delgado et al., 2025). Les personnes qui repoussent souvent leurs t\u00e2ches finissent par se sentir d\u00e9bord\u00e9es, coupables ou inutiles, et cette accumulation de stress peut, chez certaines, conduire \u00e0 des pens\u00e9es tr\u00e8s sombres.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces r\u00e9sultats rappellent que la procrastination persistante n\u2019est pas anodine : elle peut \u00eatre le signe d\u2019un \u00e9puisement \u00e9motionnel ou d\u2019un mal-\u00eatre plus profond, et il est important d\u2019en parler ou de chercher du soutien avant que ces pens\u00e9es ne s\u2019installent.<br><br><em><strong>Mais l&rsquo;impact de la procrastination n\u2019est pas forc\u00e9ment toujours n\u00e9gatif. <\/strong><\/em><br>Dans certains cas, prendre un peu de distance avant d\u2019agir permet de clarifier ses id\u00e9es, de voir le probl\u00e8me autrement et parfois m\u00eame de trouver des solutions plus cr\u00e9atives (Beaird, 2025 ; Saghi, 2025).<br><br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Des diff\u00e9rences possibles selon le genre<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Certaines \u00e9tudes sugg\u00e8rent que les effets de la procrastination peuvent varier selon le genre, m\u00eame si ces r\u00e9sultats restent \u00e0 interpr\u00e9ter avec prudence.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, certaines recherches indiquent que les cons\u00e9quences \u00e9motionnelles \u2014 comme l\u2019autocritique, le stress ou certaines pens\u00e9es n\u00e9gatives \u2014 pourraient \u00eatre l\u00e9g\u00e8rement plus marqu\u00e9es chez les femmes, possiblement en lien avec des attentes sociales plus fortes ou une tendance plus prononc\u00e9e \u00e0 l\u2019auto\u00e9valuation critique (Delgado et al., 2025).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019inverse, d\u2019autres travaux montrent que les effets li\u00e9s \u00e0 l\u2019isolement ou au repli sur soi seraient davantage observ\u00e9s chez les hommes. Cela pourrait s\u2019expliquer par des diff\u00e9rences dans la socialisation et dans la mani\u00e8re de rechercher du soutien \u00e9motionnel (Hajek, 2025).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019ensemble, ces diff\u00e9rences paraissent plut\u00f4t modestes : la procrastination d\u00e9pend surtout de facteurs personnels, \u00e9motionnels et contextuels.<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Solutions: comment \u00e9viter la procrastination? comment la combattre?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>M\u00eame si la procrastination est courante, plusieurs approches ont montr\u00e9 leur efficacit\u00e9 pour en r\u00e9duire les effets. Ces interventions visent \u00e0 am\u00e9liorer la gestion du temps, la r\u00e9gulation et les habitudes de travail.<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>Mieux g\u00e9rer le temps et les priorit\u00e9s<\/strong><\/em><br>Quand une t\u00e2che para\u00eet \u00e9norme, elle devient vite d\u00e9courageante. Pour y rem\u00e9dier, diviser la t\u00e2che en plusieurs petites \u00e9tapes peut \u00eatre un grand soulagement mental : \u00e9crire seulement l\u2019introduction, relire juste un paragraphe, trier un seul document\u2026 Commencer par quelque chose de simple aide souvent \u00e0 \u00ab d\u00e9samorcer \u00bb la peur de se lancer.<\/p>\n\n\n\n<p>De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale, mieux organiser son travail peut aussi aider \u00e0 limiter la procrastination. Planifier ce que l\u2019on doit faire, se fixer des \u00e9tapes claires ou des d\u00e9lais concrets permet souvent d\u2019y voir plus clair et de r\u00e9duire le stress li\u00e9 aux \u00e9ch\u00e9ances (Khan, 2025 ; Hajek, 2025). Des recherches montrent d\u2019ailleurs que le fait de d\u00e9couper une t\u00e2che et de se donner une limite de temps favorise l\u2019autor\u00e9gulation et diminue la tendance \u00e0 procrastiner (Chu &amp; Choi, 2005 ; Schraw, Wadkins &amp; Olafson, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p>Vous pouvez utiliser un minuteur (par exemple 15 ou 25 minutes) ou un chronom\u00e8tre pour transformer la t\u00e2che en mini-d\u00e9fi, une sorte de \u201ccourse contre la montre\u201d. Ce type de strat\u00e9gie aide \u00e0 maintenir la concentration et \u00e0 r\u00e9duire la r\u00e9sistance \u00e0 commencer (Van Eerde, 2003 ; Steel, 2007). Mais il ne s\u2019agit pas seulement des grandes t\u00e2ches : chronom\u00e9trer aussi les petites choses que vous repoussez souvent, comme vider le lave-vaisselle, r\u00e9pondre \u00e0 un e-mail ou ranger un coin du bureau peut \u00e9galement s&rsquo;av\u00e9rer tr\u00e8s utile contre l&rsquo;envie de procrastiner. De plus, avec le temps et l&rsquo;habitude, cela peut m\u00eame aider \u00e0 mieux estimer le temps r\u00e9el que ces t\u00e2ches demandent et \u00e0 moins les craindre.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines recherches recommandent \u00e9galement d\u2019int\u00e9grer ces comp\u00e9tences d\u00e8s la formation acad\u00e9mique, par exemple \u00e0 travers des ateliers ou des modules sp\u00e9cifiques, afin de renforcer les capacit\u00e9s d\u2019auto-organisation et d\u2019autor\u00e9gulation (Jose et al., 2022).<br><br><em><strong>D\u00e9velopper les comp\u00e9tences \u00e9motionnelles<\/strong><\/em><br>Plusieurs \u00e9tudes soulignent que les interventions efficaces ne se limitent pas \u00e0 la planification.Travailler sur la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle (dont la gestion du stress, la tol\u00e9rance \u00e0 l\u2019\u00e9chec et la motivation ) contribue \u00e9galement \u00e0 r\u00e9duire la procrastination (Hajek, 2025).<br>Renforcer ces comp\u00e9tences permet non seulement d\u2019agir sur la procrastination elle-m\u00eame, mais aussi de pr\u00e9venir certaines cons\u00e9quences associ\u00e9es, comme la solitude ou le repli social (Hajek, 2025).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Utiliser les technologies comme soutien<\/em><\/strong><br>Les technologies peuvent aussi jouer un r\u00f4le positif lorsqu\u2019elles sont utilis\u00e9es de mani\u00e8re structur\u00e9e. <br>Des recherches montrent que l\u2019int\u00e9gration d\u2019outils num\u00e9riques \u00e0 vis\u00e9e \u00e9ducative ou comportementale (par exemple des applications de suivi, des rappels intelligents ou des agents conversationnels) favorise l\u2019engagement et la satisfaction dans l\u2019accomplissement des t\u00e2ches (Beaird, 2025). Les interventions les plus efficaces reposent sur un design adaptatif et explicable, c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019outil s\u2019ajuste au profil et aux besoins de l\u2019utilisateur (Beaird, 2025).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Cr\u00e9er des environnements d\u2019apprentissage structur\u00e9s<\/em><\/strong><br>Dans le domaine de l\u2019informatique, plusieurs exp\u00e9rimentations p\u00e9dagogiques ont montr\u00e9 que certaines structures peuvent r\u00e9duire la procrastination. <br>Les approches bas\u00e9es sur la <em>spaced practice<\/em> (autrement dit, la pratique espac\u00e9e et r\u00e9guli\u00e8re) permettent de limiter les reports et d\u2019am\u00e9liorer les performances en programmation (Firth &amp; Denny, 2024).<br>D\u2019autres \u00e9tudes mettent en avant l\u2019efficacit\u00e9 de projets organis\u00e9s autour d\u2019\u00e9tapes claires, de retours r\u00e9guliers et d\u2019\u00e9changes entre pairs (Edwards &amp; Kazerouni, 2025). Lorsque les \u00e9tudiants re\u00e7oivent des feedbacks en temps r\u00e9el sur leur progression, ils ont tendance \u00e0 \u00e9viter les soumissions de derni\u00e8re minute et \u00e0 obtenir de meilleurs r\u00e9sultats (Kazerouni et al., 2024).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Comprendre et r\u00e9duire les causes sous-jacentes<\/em><\/strong><br>Les recherches r\u00e9centes sugg\u00e8rent que comprendre les m\u00e9canismes attentionnels et \u00e9motionnels qui favorisent la procrastination est essentiel pour concevoir des interventions cibl\u00e9es (Tan, 2025). <br>Au travail aussi, la procrastination peut \u00eatre aliment\u00e9e par des \u00e9motions n\u00e9gatives : stress face aux deadlines, frustration devant un probl\u00e8me complexe ou pression de performance. Quand une t\u00e2che g\u00e9n\u00e8re du malaise, on peut \u00eatre tent\u00e9 de la repousser. Prendre en compte ces aspects \u00e9motionnels au travail, notamment \u00e0 travers les \u00e9changes et le soutien au sein de l\u2019\u00e9quipe, pourrait contribuer \u00e0 r\u00e9duire la procrastination (Zampetti, Di Penta, &amp; Serebrenik, 2024).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Clarifier ce qui est flou<\/em><\/strong><br>Souvent, on procrastine parce qu\u2019on ne sait pas par o\u00f9 commencer. Si une t\u00e2che semble trop vague, il est utile de se prendre le temps de la rendre concr\u00e8te : en demandant des pr\u00e9cisions, en regardant un tutoriel ou en listant les \u00e9tapes principales. Plus une t\u00e2che est claire, moins elle para\u00eet intimidante (Jose &amp; Qasim, 2022).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>S\u2019inspirer de l\u2019\u00e9nergie des autres<\/em><\/strong><br>Travailler dans une biblioth\u00e8que, un espace calme ou m\u00eame regarder des vid\u00e9os d\u2019\u00e9tude en direct (\u201cstudy with me\u201d) peut stimuler la motivation. <br>Voir d\u2019autres personnes concentr\u00e9es cr\u00e9e un effet miroir : on se met inconsciemment \u00e0 adopter le m\u00eame comportement. Cet environnement collectif aide \u00e0 renforcer la discipline et la constance (K\u00fchnel, Syrek &amp; Dreher, 2018 ; Nguyen, Steel &amp;Ferrari, 2013).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Ranger un peu chaque jour<\/em><\/strong><br>Le d\u00e9sordre visuel fatigue le mental. <br>Plut\u00f4t que de tout ranger d\u2019un coup, prenez cinq minutes par jour pour remettre un peu d\u2019ordre. Cela peut \u00eatre un tiroir, un bureau ou un dossier num\u00e9rique. Un espace organis\u00e9 favorise la clart\u00e9 mentale et diminue la charge cognitive, ce qui rend plus facile le passage \u00e0 l\u2019action (Jayalakshmi &amp; Punithavalli, 2024).<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Ajuster ses m\u00e9thodes selon son \u00e9nergie<\/em><\/strong><br>Il n\u2019existe pas de m\u00e9thode parfaite. Certains jours, vous serez plus concentr\u00e9, d\u2019autres moins. Si une approche ne fonctionne pas, essayez-en une autre. Vous pouvez varier la dur\u00e9e des sessions, changer d\u2019environnement ou adapter votre rythme. L\u2019essentiel est de trouver ce qui fonctionne pour vous, ici et maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00catre indulgent avec soi-m\u00eame<\/em><\/strong><br>Ne vous jugez pas trop durement si vous avez repouss\u00e9 une t\u00e2che. <br>La recherche montre que la bienveillance envers soi-m\u00eame aide \u00e0 reprendre plus vite le travail, alors que la culpabilit\u00e9 renforce le procrastination (Sirois &amp; Pychyl, 2013).<br><br>Souvenez-vous : l\u2019objectif n\u2019est pas d\u2019\u00eatre parfait, mais d\u2019avancer doucement, \u00e0 votre rythme. Comme le dit un vieux proverbe italien : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Chi va piano, va sano e va lontano \u00bb<\/em> \u2014 Qui va lentement, va sainement\u2026 et va loin.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Litt\u00e9rature<\/h2>\n\n\n\n<p>Beaird, A. (2025). Code today, deadline tomorrow: Procrastination among software developers. In&nbsp;<em>Proceedings of the International Conference on Software Engineering (ICSE 2025)<\/em>. ACM.<\/p>\n\n\n\n<p>Burton, N. (2015, May 5).\u00a0<em>What\u2019s the difference between procrastination and laziness?<\/em>\u00a0Psychology Today. <a href=\"https:\/\/www.psychologytoday.com\/us\/blog\/hide-and-seek\/201505\/whats-the-difference-between-procrastination-and-laziness\">https:\/\/www.psychologytoday.com\/us\/blog\/hide-and-seek\/201505\/whats-the-difference-between-procrastination-and-laziness<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>CNRTL. (n.d.). Procrastination. In&nbsp;<em>Centre national de ressources textuelles et lexicales<\/em>. https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/academie9\/procrastination<\/p>\n\n\n\n<p>Edwards, S. H., &amp; Kazerouni, A. (2025). The effects of procrastination interventions on programming project courses. In&nbsp;<em>Proceedings of the ACM Technical Symposium on Computer Science Education (SIGCSE 2025)<\/em>. ACM.<\/p>\n\n\n\n<p>Firth, J., &amp; Denny, P. (2024). Academic procrastination, incentivized and self-selected spaced practice in programming courses.&nbsp;<em>Computers &amp; Education, 208<\/em>, 104952.<\/p>\n\n\n\n<p>Fucci, D., Scanniello, G., Romano, S., &amp; Juristo, N. (2018). Need for sleep: The impact of a night of sleep deprivation on novice developers\u2019 performance.&nbsp;<em>arXiv<\/em>. https:\/\/doi.org\/10.48550\/arXiv.1805.02544<\/p>\n\n\n\n<p>Hajek, A., Gyasi, R. M., Pengpid, S., Kostev, K., Soysal, P., Veronese, N., Smith, L., Jacob, L., K\u00f6nig, H.-H., &amp; Peltzer, K. (2025).&nbsp;<em>Journal of Public Health<\/em>. https:\/\/doi.org\/10.1007\/s10389-025-02419-y<\/p>\n\n\n\n<p>Jayalakshmi, V. J., &amp; Punithavalli, M. (2024). Exploring academic procrastination: An in-depth survey of procrastination patterns.&nbsp;<em>Remote Sensing in Earth Systems Sciences, 7<\/em>, 524\u2013531. https:\/\/doi.org\/10.1007\/s41976-024-00144-w<\/p>\n\n\n\n<p>Jose, J. P., &amp; Qasim, S. H. (2022). Academic procrastination among undergraduate students of Prayagraj.&nbsp;<em>International Journal of Research in Social Sciences, 12<\/em>(7), 251\u2013257.<\/p>\n\n\n\n<p>Khan, S., Alzakari, M., Alsuhaibani, R., Alkanhal, A., Alghanmi, A., Alabdulkarim, A., Salahuddin, A., Huda, A., Abdul Moiz, M. U., &amp; Alzkari, F. (2025).&nbsp;<em>BMC Psychology, 13<\/em>, 414. https:\/\/doi.org\/10.1186\/s40359-025-02764-3<\/p>\n\n\n\n<p>K\u00fchnel, J., Syrek, C. J., &amp; Dreher, A. (2018). Procrastination in daily working life: A diary study on within-person processes.&nbsp;<em>Frontiers in Psychology, 9<\/em>, 1087. https:\/\/doi.org\/10.3389\/fpsyg.2018.01087<\/p>\n\n\n\n<p>Liu, G., Cheng, G., Hu, J., Pan, Y., &amp; Zhao, S. (2020). Academic self-efficacy and postgraduate procrastination: A moderated mediation model.&nbsp;<em>Frontiers in Psychology, 11<\/em>, 1752. https:\/\/doi.org\/10.3389\/fpsyg.2020.01752<\/p>\n\n\n\n<p>Metin, U. B., Peeters, M. C. W., &amp; Taris, T. W. (2018). Correlates of procrastination and performance at work.&nbsp;<em>Journal of Psychology, 152<\/em>(8), 658\u2013677. https:\/\/doi.org\/10.1080\/10852352.2018.1470187<\/p>\n\n\n\n<p>Nguyen, B., Steel, P., &amp; Ferrari, J. R. (2013). Procrastination\u2019s impact in the workplace and the workplace\u2019s impact on procrastination.&nbsp;<em>International Journal of Selection and Assessment, 21<\/em>(4), 388\u2013399. https:\/\/doi.org\/10.1111\/ijsa.12048<\/p>\n\n\n\n<p>Online Etymology Dictionary. (n.d.). Procrastination. In&nbsp;<em>Etymonline<\/em>. Retrieved [date you accessed], from https:\/\/www.etymonline.com\/word\/procrastination<\/p>\n\n\n\n<p>Pychyl, T. A., &amp; Steel, P. (2013). Procrastination\u2019s impact in the workplace and the workplace\u2019s impact on procrastination.&nbsp;<em>Personality and Individual Differences, 55<\/em>(8), 882\u2013888. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.paid.2013.07.013<\/p>\n\n\n\n<p>Schmitt, A., Baumann, M., &amp; Hertel, G. (2023). Illegitimate tasks and work procrastination: The role of emotions and perceived injustice.&nbsp;<em>Frontiers in Psychology, 14<\/em>, 1106911. https:\/\/doi.org\/10.3389\/fpsyg.2023.1106911<\/p>\n\n\n\n<p>Sirois, F. M., &amp; Pychyl, T. A. (2013). Procrastination and the priority of short-term mood regulation: Consequences for future self.&nbsp;<em>Social and Personality Psychology Compass, 7<\/em>(2), 115\u2013127. https:\/\/doi.org\/10.1111\/spc3.12011<\/p>\n\n\n\n<p>Sirois, F. M. (2023). Procrastination and stress: A conceptual review of why context matters.&nbsp;<em>International Journal of Environmental Research and Public Health, 20<\/em>(6), 5031. https:\/\/doi.org\/10.3390\/ijerph20065031<\/p>\n\n\n\n<p>Smith, A., &amp; Zhao, L. (2025). Procrastination vs active delay: How students prepare to code in introductory programming.&nbsp;<em>ResearchGate preprint<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Steel, P. (2007). The nature of procrastination: A meta-analytic and theoretical review of quintessential self-regulatory failure.&nbsp;<em>Psychological Bulletin, 133<\/em>(1), 65\u201394. https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.133.1.65<\/p>\n\n\n\n<p>Zhuo, R. (2024). Examining bedtime procrastination through the lens of academic stressors: Academic stressors including mediators of mobile phone addiction and active procrastination.&nbsp;<em>Current Psychology, 43<\/em>. https:\/\/doi.org\/10.1007\/s12144-024-06038-w<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction Pourquoi remettons-nous parfois une t\u00e2che \u00e0 plus tard, alors que nous savons tr\u00e8s bien que cela va juste nous compliquer la vie ? La procrastination est souvent per\u00e7ue comme \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb de la paresse, un manque de motivation ou de discipline. Pourtant, ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment le cas. En r\u00e9alit\u00e9, derri\u00e8re la procrastination peut se cacher une mani\u00e8re parfois inconsciente d&rsquo;\u00e9viter un r\u00e9el inconfort \u00e9motionnel li\u00e9 \u00e0 une t\u00e2che ou une responsabilit\u00e9. Il peut \u00eatre donc utile d&rsquo;approfondir le sujet pour mieux se comprendre soi-m\u00eame et ses propres besoins, afin de trouver les strat\u00e9gies \u00e0 utiliser pour maintenir au mieux sa productivit\u00e9. Dans les lignes qui suivent, j&rsquo;explique&nbsp;ce qu\u2019est la procrastination, pourquoi elle appara\u00eet et ce qui peut aider \u00e0 la surmonter. Si vous pr\u00e9f\u00e9rez&nbsp;une version plus compacte, vous pouvez \u00e9galement consulter la&nbsp;vid\u00e9o ci-dessous. En quoi consiste pr\u00e9cis\u00e9ment la procrastination? Issu du latin \u00ab procrastinatio \u00bb qui signifie \u00ab remettre \u00e0 demain \u00bb, le mot \u00ab procrastination \u00bb garde aujourd\u2019hui le m\u00eame sens : celui de retarder volontairement une t\u00e2che qu\u2019on pourrait accomplir tout de suite (Online Etymology Dictionary; CNRTL). Autrement dit, la procrastination, c\u2019est le fait de repousser ce qu\u2019on doit faire, parce qu\u2019on se sent d\u00e9pass\u00e9, fatigu\u00e9 ou qu\u2019on doute de soi. Ce comportement tr\u00e8s courant touche surtout les \u00e9tudiants, mais aussi beaucoup d\u2019adultes, dans leur vie professionnelle comme personnelle. On reporte ainsi volontairement une action pr\u00e9vue, car notre capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer nos intentions est souvent submerg\u00e9e, m\u00eame quand on sait que cela aura des cons\u00e9quences n\u00e9gatives (Khan, 2025; Steel, 2007). Elle affecte aussi bien les sph\u00e8res personnelles qu\u2019acad\u00e9miques et peut diminuer le bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral. Les applications, rappels et to-do lists peuvent aider pendant un temps, mais elles ne r\u00e8glent pas le fond du probl\u00e8me. Au bout d\u2019un moment, les personnes qui procrastinent trouvent souvent un moyen de contourner ces outils ou de retomber dans leurs anciennes habitudes (Jayalakshmi &amp; Punithavalli, 2024 ; Jose &amp; Qasim, 2022 ; Khan et al., 2025 ; Hajek et al., 2025). En r\u00e9alit\u00e9, la procrastination refl\u00e8te une difficult\u00e9 d\u2019autor\u00e9gulation : on peine \u00e0 g\u00e9rer ses \u00e9motions ou \u00e0 se mettre en action au bon moment (Steel, 2007). P.S.: Au fait, c\u2019est quoi la diff\u00e9rence entre la procrastination et la paresse ? La paresse signifie g\u00e9n\u00e9ralement manquer d\u2019envie ou d\u2019effort pour faire une activit\u00e9. La personne n\u2019est pas forc\u00e9ment en conflit avec elle-m\u00eame int\u00e9rieurement: il se peut m\u00eame qu\u2019elle soit relativement indiff\u00e9rente au r\u00e9sultat de son \u00e9vitement de la t\u00e2che. Dans ce cas, la personne n\u2019a pas vraiment l\u2019intention de faire la t\u00e2che et peut se sentir \u00e0 l\u2019aise avec cela. La procrastination, en revanche, signifie que la personne retarde une t\u00e2che tout en sachant que ce retard risque d\u2019avoir des cons\u00e9quences n\u00e9gatives. L\u2019intention de faire la t\u00e2che est bien pr\u00e9sente, mais un blocage int\u00e9rieur (p.ex. li\u00e9 au stress, \u00e0 la peur de l\u2019\u00e9chec ou \u00e0 l\u2019inconfort) emp\u00eache la personne de s\u2019y mettre. Cela peut alors cr\u00e9er un conflit int\u00e9rieur et un sentiment de culpabilit\u00e9 (Burton, 2015). Identifier les signes de la procrastination La procrastination ne se r\u00e9sume pas \u00e0 \u00ab manquer de motivation \u00bb : c\u2019est un ensemble de comportements et de pens\u00e9es qui freinent l\u2019action et augmentent le stress. Voici les signes les plus fr\u00e9quents observ\u00e9s dans la recherche : Difficult\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer le temps ou \u00e0 s\u2019y mettreLa procrastination est souvent li\u00e9e \u00e0 une mauvaise gestion du temps et \u00e0 une tendance \u00e0 \u00e9viter les t\u00e2ches qu\u2019on trouve trop longues, complexes ou stressantes (Jose et al., 2022). Par exemple, on peut pr\u00e9f\u00e9rer ranger son bureau ou r\u00e9pondre \u00e0 ses e-mails plut\u00f4t que de s\u2019attaquer \u00e0 la t\u00e2che principale. D\u00e9calage entre intention et actionIl y a souvent un \u00e9cart entre ce qu\u2019on pr\u00e9voit de faire et ce qu\u2019on fait r\u00e9ellement. On se dit \u201cje vais m\u2019y mettre tout de suite\u201d, mais au moment d\u2019agir, on se retrouve \u00e0 faire tout autre chose.Ce d\u00e9calage entre la planification et l\u2019action est l\u2019un des signes les plus caract\u00e9ristiques de la procrastination. Il peut \u00eatre accentu\u00e9 par une surcharge mentale, lorsque le cerveau est satur\u00e9 d\u2019informations, de t\u00e2ches ou de distractions, ce qui rend difficile le passage \u00e0 l\u2019action m\u00eame lorsqu\u2019on sait quoi faire (Zhuo, 2024). Remettre souvent \u00e0 plus tard des t\u00e2ches importantesReporter une t\u00e2che importante parce qu\u2019on la trouve ennuyeuse, stressante ou trop difficile \u00e0 commencer. Chez les \u00e9tudiants, ce comportement touche particuli\u00e8rement les activit\u00e9s li\u00e9es aux \u00e9tudes, mais aussi les t\u00e2ches domestiques, la sant\u00e9 ou la vie personnelle (Khan, 2025). Plus largement, la procrastination est \u00e9galement r\u00e9pandue chez les adultes actifs, y compris dans le milieu professionnel, o\u00f9 elle peut impacter la productivit\u00e9 et le bien-\u00eatre (Hajek et al., 2025). Selon certaines \u00e9tudes, environ 70 % des \u00e9tudiants d\u00e9clarent procrastiner r\u00e9guli\u00e8rement pour leurs \u00e9tudes, et pr\u00e8s de 57 % pour des t\u00e2ches du quotidien (Khan, 2025). Passer des heures sur des distractionsPasser plus de 3 \u00e0 4 heures par jour sur les r\u00e9seaux sociaux, YouTube ou la t\u00e9l\u00e9vision avant de commencer une t\u00e2che importante, en se disant qu\u2019on \u201ccommencera dans cinq minutes\u201d ou qu\u2019on \u201csera plus concentr\u00e9 plus tard\u201d. Ces activit\u00e9s, souvent per\u00e7ues comme une pause ou une r\u00e9compense, deviennent une forme de fuite \u00e9motionnelle lorsqu\u2019elles servent \u00e0 \u00e9viter l\u2019inconfort li\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che (Khan, 2025 ; Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007). Comparaison et \u00e9vitementLa peur de l\u2019\u00e9chec ou du jugement peut pousser \u00e0 \u00e9viter de commencer un projet par crainte de ne pas \u00eatre \u00ab \u00e0 la hauteur \u00bb. On se r\u00e9fugie alors dans des t\u00e2ches secondaires plus gratifiantes \u00e0 court terme, comme r\u00e9organiser ses fichiers, r\u00e9pondre \u00e0 des e-mails, ranger son espace de travail ou passer du temps \u00e0 planifier plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 agir. Ces activit\u00e9s donnent l\u2019impression d\u2019\u00eatre productif, mais elles servent surtout \u00e0 \u00e9viter la t\u00e2che principale (Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007 ; Khan et al., 2025). Ressentir culpabilit\u00e9 et stress apr\u00e8s coupUne \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s de 624 \u00e9tudiants universitaires a montr\u00e9 que 85 % d\u2019entre eux ressentaient de la culpabilit\u00e9 ou des remords apr\u00e8s avoir procrastin\u00e9, en se disant \u201cj\u2019aurais d\u00fb m\u2019y mettre plus t\u00f4t\u201d ou \u201cje manque de discipline\u201d. Ces pens\u00e9es entretiennent un cercle vicieux : plus on se critique, plus on se sent stress\u00e9 et d\u00e9motiv\u00e9, et plus on a tendance \u00e0 procrastiner \u00e0 nouveau (Khan et al., 2025 ; Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007). Effets sur la performance et la qualit\u00e9 du travailLa procrastination ne se limite pas \u00e0 un simple retard : elle influence directement la qualit\u00e9 du travail et les r\u00e9sultats obtenus.Chez les \u00e9tudiants en programmation, ceux qui attendent le dernier moment pour commencer leurs projets produisent souvent un code moins structur\u00e9, avec davantage d\u2019erreurs, et obtiennent de moins bonnes notes (Firth &amp; Denny, 2024 ; Edwards &amp; Kazerouni, 2025). Ces retards s\u2019accompagnent d\u2019un stress accru \u00e0 l\u2019approche des \u00e9ch\u00e9ances, ce qui nuit \u00e0 la concentration et \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9. Dans le milieu professionnel, les effets sont similaires. Des recherches montrent que plus une personne repousse ses t\u00e2ches, plus sa performance diminue, qu\u2019il s\u2019agisse des missions principales (ex. respecter une \u00e9ch\u00e9ance) ou d\u2019initiatives spontan\u00e9es (aider un coll\u00e8gue, proposer une id\u00e9e) (Metin, Peeters &amp; Taris, 2018). Une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s de plus de 22 000 adultes r\u00e9v\u00e8le que ceux qui procrastinent souvent gagnent moins, changent plus fr\u00e9quemment d\u2019emploi et se sentent moins satisfaits de leur travail (Nguyen, Steel &amp; Ferrari, 2013). Ce cercle vicieux de retards, de stress et de perte de motivation fragilise la confiance en soi et la qualit\u00e9 de vie professionnelle. Chez les d\u00e9veloppeurs, la tendance est comparable. Selon une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019ing\u00e9nieurs logiciels, la procrastination appara\u00eet surtout sur les projets longs ou mal cadr\u00e9s, o\u00f9 les attentes sont floues. Cela peut g\u00e9n\u00e9rer du stress, r\u00e9duire la qualit\u00e9 du code et provoquer des retards dans les livrables (Beaird, 2025). Les causes Pourquoi remet-on toujours \u00e0 plus tard ?Les recherches r\u00e9centes montrent que la procrastination est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe, influenc\u00e9 \u00e0 la fois par la personnalit\u00e9, les \u00e9motions et le contexte dans lequel on \u00e9volue: La gestion du temps : un point centralParmi les causes sous-jacentes, la mauvaise gestion du temps reste la plus fr\u00e9quente. Une \u00e9tude montre qu\u2019elle est mentionn\u00e9e par plus des trois quarts des participants (76,2 %), suivie de l\u2019ennui (59,7 %), de la distraction (57,9 %) et du manque de motivation (57,3 %) (Khan, 2025 ; Jayalakshmi et al., 2024). Les \u00e9tudiants reconnaissent souvent avoir du mal \u00e0 hi\u00e9rarchiser leurs priorit\u00e9s ou \u00e0 estimer correctement le temps n\u00e9cessaire \u00e0 une t\u00e2che, ce qui les pousse \u00e0 la repousser. L\u2019environnement et le mode de vieLe contexte joue aussi un r\u00f4le important. Les \u00e9tudiants vivant en ville ont tendance \u00e0 procrastiner davantage que ceux des zones rurales (Jose et al., 2022). En milieu urbain, le t\u00e9l\u00e9phone est devenu un outil incontournable du quotidien, car on s\u2019en sert pour payer, scanner un code QR, chercher un itin\u00e9raire ou v\u00e9rifier une information. Cette utilisation constante cr\u00e9e de nombreuses distractions num\u00e9riques, comme les notifications, les vid\u00e9os ou les r\u00e9seaux sociaux, qui interrompent r\u00e9guli\u00e8rement la concentration et facilitent le report d\u2019une t\u00e2che.Dans les zones rurales, ces distractions sont souvent moins nombreuses : l\u2019acc\u00e8s \u00e0 Internet est parfois plus limit\u00e9, et le rythme de vie peut offrir moins de sollicitations num\u00e9riques. Ces diff\u00e9rences d\u2019environnement pourraient expliquer pourquoi la procrastination li\u00e9e aux \u00e9crans est plus marqu\u00e9e en ville (Sapienza et al., 2023 ; Olson et al., 2022). La surcharge acad\u00e9mique et le stressLes \u00e9tudiants confront\u00e9s \u00e0 une forte charge de travail ont tendance \u00e0 procrastiner davantage, surtout le soir, apr\u00e8s des journ\u00e9es longues et \u00e9prouvantes (Zhuo, 2024). Plus le stress augmente, plus le besoin de se d\u00e9tendre ou de se changer les id\u00e9es devient fort. On se dit \u201callez, encore quelques minutes\u201d, on regarde une vid\u00e9o ou on scrolle sur le t\u00e9l\u00e9phone \u2014 puis le temps file. Sur le&nbsp;moment, cela apaise un peu, mais ensuite la peur d\u2019\u00e9chouer ou la culpabilit\u00e9 ressurgit, parfois plus&nbsp;forte qu\u2019avant. Ce va-et-vient \u00e9motionnel nourrit un cercle vicieux : chaque pause retard\u00e9e complique le retour \u00e0 l\u2019action. La fatigueLa fatigue joue aussi un r\u00f4le important. Quand on manque de sommeil, notre cerveau a plus de mal \u00e0 se concentrer ou \u00e0 r\u00e9guler ses \u00e9motions, ce qui rend la procrastination plus probable. Par exemple, dans une exp\u00e9rience avec des d\u00e9veloppeurs, une nuit sans sommeil a r\u00e9duit de 50 % la qualit\u00e9 du code produit et augment\u00e9 le nombre d\u2019erreurs (Fucci, Scanniello, Romano &amp; Juristo, 2018). Le r\u00f4le de l\u2019attention dans la procrastinationLa mani\u00e8re dont on g\u00e8re notre attention influence fortement notre propension \u00e0 procrastiner.Une \u00e9tude a observ\u00e9 que les personnes qui repoussent souvent leurs t\u00e2ches montrent des signes d\u2019affaiblissement de l\u2019attention dans des situations exigeantes (Micha\u0142owski et al., 2020). Une autre recherche montre que les personnes qui ont du mal \u00e0 r\u00e9guler leurs pens\u00e9es ou leurs \u00e9motions, et dont l\u2019esprit a tendance \u00e0 s\u2019\u00e9parpiller, sont plus susceptibles de remettre leurs t\u00e2ches \u00e0 plus tard (Wiwatowska et al., 2025). Selon Tan (2025), trois dimensions du contr\u00f4le attentionnel jouent un r\u00f4le important dans le lien entre confiance en soi et procrastination: &#8211; Exemple: vous \u00eates en train de coder, mais votre t\u00e9l\u00e9phone vibre ou une notification appara\u00eet. Si vous vous laissez interrompre \u00e0 chaque fois, il faut plusieurs minutes pour retrouver votre concentration. Quand cette persistance est faible, la t\u00e2che devient morcel\u00e9e, p\u00e9nible \u00e0 reprendre, et vous finissez par la remettre \u00e0 plus tard. &#8211; Exemple : vous essayez d\u2019avancer sur un projet, mais votre esprit passe sans arr\u00eat d\u2019un onglet \u00e0 l\u2019autre, entre votre code, vos e-mails et une recherche Google. Plus vous changez de t\u00e2che, plus votre concentration diminue, et plus il devient difficile de s\u2019y remettre. La procrastination appara\u00eet souvent \u00e0 ce moment-l\u00e0, quand l\u2019effort mental pour reprendre semble trop lourd. &#8211; Exemple : vous tentez de corriger un bug tout en suivant une r\u00e9union et en r\u00e9pondant \u00e0 des messages. Vous avancez un peu sur chaque chose, mais lentement, avec plus d\u2019erreurs. Ce sentiment de ne rien terminer \u00e9puise mentalement et pousse \u00e0 tout repousser. En voulant trop en faire \u00e0 la fois, vous finissez par ralentir sur tout. Quand une personne est confiante (auto-efficacit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e), elle est plus susceptible de pers\u00e9v\u00e9rer et de rester concentr\u00e9e, ce qui aide \u00e0 \u00e9viter la procrastination. Toutefois, si cette m\u00eame personne tente de faire trop de choses en parall\u00e8le, donc en r\u00e9partissant son attention, elle peut au contraire retarder les t\u00e2ches (Tan, 2025). A cela s\u2019ajoute un facteur \u00e9troitement li\u00e9 et souvent oubli\u00e9 et d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 plus haut: la fatigue. Quand on est \u00e9puis\u00e9, notre attention vacille, notre volont\u00e9 baisse, et il devient beaucoup plus difficile de lutter contre les distractions. Cela rend la procrastination plus probable, m\u00eame si on veut vraiment avancer. Confiance en soi : trop peu ou tropLa confiance en soi (autrement dit le sentiment qu\u2019on peut r\u00e9ussir, donc l&rsquo;auto-efficacit\u00e9) joue un r\u00f4le central dans notre capacit\u00e9 \u00e0 agir. Lorsqu\u2019on doute de ses comp\u00e9tences ou qu\u2019on anticipe l\u2019\u00e9chec, on a tendance \u00e0 repousser les t\u00e2ches importantes, surtout celles per\u00e7ues comme difficiles ou risqu\u00e9es. Plusieurs recherches montrent qu\u2019un faible niveau de confiance en soi est li\u00e9 \u00e0 une plus forte propension \u00e0 procrastiner (Liu et al., 2020; Wiwatowska et al., 2025; Sirois &amp; Pychyl, 2013). Mais attention : trop de confiance peut parfois jouer contre soi. Certaines \u00e9tudes indiquent que des personnes qui surestiment leur capacit\u00e9 \u00e0 terminer une t\u00e2che procrastinent parce qu\u2019elles pensent pouvoir \u201crattraper le temps\u201d ou sous-estiment sa difficult\u00e9 r\u00e9elle (Ho, Ye &amp; Wang, 2020). Le r\u00f4le des \u00e9motions dans la procrastinationCertaines recherches montrent que la procrastination ne vient pas seulement d\u2019un manque d\u2019organisation, mais aussi de la mani\u00e8re dont on g\u00e8re ses \u00e9motions. Par exemple, une \u00e9tude qui a suivi des \u00e9tudiants pendant tout un semestre a montr\u00e9 que plus les \u00e9motions sont difficiles \u00e0 contr\u00f4ler, plus on a tendance \u00e0 remettre les choses \u00e0 plus tard (Chen &amp; Chung, 2025). G\u00e9rer ses \u00e9motions, c\u2019est savoir reconna\u00eetre ce qu\u2019on ressent et r\u00e9agir sans se laisser submerger.Quand on g\u00e8re mal ses \u00e9motions, on peut se sentir vite d\u00e9pass\u00e9, stress\u00e9 ou d\u00e9courag\u00e9 face \u00e0 une t\u00e2che, et on pr\u00e9f\u00e8re alors l\u2019\u00e9viter. Ce sont surtout les \u00e9motions d\u00e9sagr\u00e9ables comme la peur de l\u2019\u00e9chec, la frustration ou le stress qui d\u00e9clenchent ce m\u00e9canisme. Une autre \u00e9tude, utilisant des images du cerveau, a montr\u00e9 que les personnes qui r\u00e9gulent mieux leurs \u00e9motions, c\u2019est-\u00e0-dire qui arrivent \u00e0 apaiser ou canaliser ces sentiments difficiles, ont tendance \u00e0 moins procrastiner (Li, Zhang &amp; Feng, 2024).De m\u00eame, une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019\u00e9tudiants en sciences m\u00e9dicales a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que ceux qui manquent de confiance en eux et ont du mal \u00e0 g\u00e9rer leurs \u00e9motions, par exemple \u00e0 reconna\u00eetre ce qu\u2019ils ressentent ou \u00e0 contr\u00f4ler leurs impulsions, sont plus susceptibles de procrastiner (Rad et al., 2025). Cela sugg\u00e8re que la procrastination est souvent le signe d\u2019un \u00e9puisement \u00e9motionnel ou d\u2019un stress int\u00e9rieur mal g\u00e9r\u00e9, plut\u00f4t qu\u2019un simple probl\u00e8me d\u2019organisation. Types de procrastination Toutes les formes de procrastination ne se ressemblent pas. Selon les recherches, les raisons de remettre \u00e0 plus tard et la mani\u00e8re dont cela se manifeste varient d\u2019une personne \u00e0 l\u2019autre. Comprendre ces diff\u00e9rences aide \u00e0 mieux rep\u00e9rer ce qui se joue derri\u00e8re le comportement. La forme la plus connue est la procrastination \u00ab classique \u00bb, celle o\u00f9 l\u2019on retarde une t\u00e2che importante en se r\u00e9fugiant dans des activit\u00e9s plus faciles ou plus agr\u00e9ables. On se dit que l\u2019on commencera \u201cquand on sera pr\u00eat\u201d, \u201cdans dix minutes\u201d ou \u201capr\u00e8s une petite pause\u201d. Ce type de procrastination est souvent li\u00e9 \u00e0 la peur de l\u2019\u00e9chec, \u00e0 un perfectionnisme trop exigeant ou \u00e0 une fatigue mentale qui bloque le passage \u00e0 l\u2019action (Sirois &amp; Pychyl, 2013; Steel, 2007). Un autre type est ce qu\u2019on appelle la procrastination strat\u00e9gique. Certaines personnes choisissent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de retarder une t\u00e2che, non pas pour l\u2019\u00e9viter, mais pour se donner le temps de mieux r\u00e9fl\u00e9chir, rassembler leurs id\u00e9es ou attendre un moment de pression qui stimule leur cr\u00e9ativit\u00e9. Des \u00e9tudes ont montr\u00e9 que cette forme de \u201cretard actif\u201d peut, dans certains cas, conduire \u00e0 de meilleures performances ou \u00e0 des solutions plus originales (Smith &amp; Zhao, 2025). Cela dit, elle reste un jeu d\u2019\u00e9quilibre : attendre trop longtemps transforme souvent une strat\u00e9gie r\u00e9fl\u00e9chie en stress inutile. Il existe aussi la procrastination du sommeil. C\u2019est le fait de repousser l\u2019heure du coucher alors m\u00eame qu\u2019on est fatigu\u00e9, souvent pour r\u00e9cup\u00e9rer un moment \u00e0 soi apr\u00e8s une journ\u00e9e charg\u00e9e. On reste scotch\u00e9 \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone, on d\u00e9file les r\u00e9seaux ou on regarde \u201cjuste un dernier \u00e9pisode\u201d. Ce comportement est li\u00e9 \u00e0 une surcharge mentale et \u00e0 un besoin de reprendre le contr\u00f4le sur son temps libre (Zhuo, 2024). \u00c0 la longue, il nuit au sommeil et renforce la fatigue, ce qui entretient le cercle vicieux de la procrastination le lendemain. Enfin, certaines recherches distinguent la procrastination situationnelle, qui appara\u00eet dans des contextes pr\u00e9cis comme un projet flou, une charge trop lourde ou une consigne mal comprise.Chez les d\u00e9veloppeurs, par exemple, ce type de procrastination se manifeste souvent lors de projets \u00e0 long terme, o\u00f9 les attentes sont peu claires ou les objectifs mal d\u00e9finis (Beaird, 2025). L\u2019incertitude cr\u00e9e alors une forme de paralysie mentale : on ne sait pas par o\u00f9 commencer, donc on attend. En somme, la procrastination n\u2019a pas qu\u2019un seul visage. Elle peut \u00eatre une fuite face \u00e0 la peur, une mani\u00e8re maladroite de se prot\u00e9ger de la fatigue, ou parfois une tentative sinc\u00e8re d\u2019optimiser son temps. La cl\u00e9 est d\u2019apprendre \u00e0 reconna\u00eetre son propre sch\u00e9ma pour pouvoir agir dessus avec plus de lucidit\u00e9 et de bienveillance. Quelles sont les cons\u00e9quences de la procrastination? Quand la procrastination devient une habitude qui dure dans le temps, elle finit par avoir un vrai impact sur la sant\u00e9 mentale, les relations avec les autres et la performance, que ce soit au travail ou \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Des effets sur les \u00e9tudes et le travailRepousser sans cesse les t\u00e2ches finit par nuire \u00e0 l\u2019apprentissage et \u00e0 la productivit\u00e9.Les \u00e9tudiants qui procrastinent ont tendance \u00e0 accumuler du retard, \u00e0 produire un travail de moindre qualit\u00e9 et \u00e0 \u00e9prouver plus de difficult\u00e9s \u00e0 respecter les \u00e9ch\u00e9ances (Jayalakshmi et al., 2024 ; Khan, 2025). Lorsque&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":3111,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[],"class_list":["post-2614","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-psychologie"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>La procrastination - SimpleTech par Sergio Sousa<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/simpletechprod.com\/?p=2614\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"La procrastination - SimpleTech par Sergio Sousa\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Introduction Pourquoi remettons-nous parfois une t\u00e2che \u00e0 plus tard, alors que nous savons tr\u00e8s bien que cela va juste nous compliquer la vie ? La procrastination est souvent per\u00e7ue comme \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb de la paresse, un manque de motivation ou de discipline. Pourtant, ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment le cas. En r\u00e9alit\u00e9, derri\u00e8re la procrastination peut se cacher une mani\u00e8re parfois inconsciente d&rsquo;\u00e9viter un r\u00e9el inconfort \u00e9motionnel li\u00e9 \u00e0 une t\u00e2che ou une responsabilit\u00e9. Il peut \u00eatre donc utile d&rsquo;approfondir le sujet pour mieux se comprendre soi-m\u00eame et ses propres besoins, afin de trouver les strat\u00e9gies \u00e0 utiliser pour maintenir au mieux sa productivit\u00e9. Dans les lignes qui suivent, j&rsquo;explique&nbsp;ce qu\u2019est la procrastination, pourquoi elle appara\u00eet et ce qui peut aider \u00e0 la surmonter. Si vous pr\u00e9f\u00e9rez&nbsp;une version plus compacte, vous pouvez \u00e9galement consulter la&nbsp;vid\u00e9o ci-dessous. En quoi consiste pr\u00e9cis\u00e9ment la procrastination? Issu du latin \u00ab procrastinatio \u00bb qui signifie \u00ab remettre \u00e0 demain \u00bb, le mot \u00ab procrastination \u00bb garde aujourd\u2019hui le m\u00eame sens : celui de retarder volontairement une t\u00e2che qu\u2019on pourrait accomplir tout de suite (Online Etymology Dictionary; CNRTL). Autrement dit, la procrastination, c\u2019est le fait de repousser ce qu\u2019on doit faire, parce qu\u2019on se sent d\u00e9pass\u00e9, fatigu\u00e9 ou qu\u2019on doute de soi. Ce comportement tr\u00e8s courant touche surtout les \u00e9tudiants, mais aussi beaucoup d\u2019adultes, dans leur vie professionnelle comme personnelle. On reporte ainsi volontairement une action pr\u00e9vue, car notre capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer nos intentions est souvent submerg\u00e9e, m\u00eame quand on sait que cela aura des cons\u00e9quences n\u00e9gatives (Khan, 2025; Steel, 2007). Elle affecte aussi bien les sph\u00e8res personnelles qu\u2019acad\u00e9miques et peut diminuer le bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral. Les applications, rappels et to-do lists peuvent aider pendant un temps, mais elles ne r\u00e8glent pas le fond du probl\u00e8me. Au bout d\u2019un moment, les personnes qui procrastinent trouvent souvent un moyen de contourner ces outils ou de retomber dans leurs anciennes habitudes (Jayalakshmi &amp; Punithavalli, 2024 ; Jose &amp; Qasim, 2022 ; Khan et al., 2025 ; Hajek et al., 2025). En r\u00e9alit\u00e9, la procrastination refl\u00e8te une difficult\u00e9 d\u2019autor\u00e9gulation : on peine \u00e0 g\u00e9rer ses \u00e9motions ou \u00e0 se mettre en action au bon moment (Steel, 2007). P.S.: Au fait, c\u2019est quoi la diff\u00e9rence entre la procrastination et la paresse ? La paresse signifie g\u00e9n\u00e9ralement manquer d\u2019envie ou d\u2019effort pour faire une activit\u00e9. La personne n\u2019est pas forc\u00e9ment en conflit avec elle-m\u00eame int\u00e9rieurement: il se peut m\u00eame qu\u2019elle soit relativement indiff\u00e9rente au r\u00e9sultat de son \u00e9vitement de la t\u00e2che. Dans ce cas, la personne n\u2019a pas vraiment l\u2019intention de faire la t\u00e2che et peut se sentir \u00e0 l\u2019aise avec cela. La procrastination, en revanche, signifie que la personne retarde une t\u00e2che tout en sachant que ce retard risque d\u2019avoir des cons\u00e9quences n\u00e9gatives. L\u2019intention de faire la t\u00e2che est bien pr\u00e9sente, mais un blocage int\u00e9rieur (p.ex. li\u00e9 au stress, \u00e0 la peur de l\u2019\u00e9chec ou \u00e0 l\u2019inconfort) emp\u00eache la personne de s\u2019y mettre. Cela peut alors cr\u00e9er un conflit int\u00e9rieur et un sentiment de culpabilit\u00e9 (Burton, 2015). Identifier les signes de la procrastination La procrastination ne se r\u00e9sume pas \u00e0 \u00ab manquer de motivation \u00bb : c\u2019est un ensemble de comportements et de pens\u00e9es qui freinent l\u2019action et augmentent le stress. Voici les signes les plus fr\u00e9quents observ\u00e9s dans la recherche : Difficult\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer le temps ou \u00e0 s\u2019y mettreLa procrastination est souvent li\u00e9e \u00e0 une mauvaise gestion du temps et \u00e0 une tendance \u00e0 \u00e9viter les t\u00e2ches qu\u2019on trouve trop longues, complexes ou stressantes (Jose et al., 2022). Par exemple, on peut pr\u00e9f\u00e9rer ranger son bureau ou r\u00e9pondre \u00e0 ses e-mails plut\u00f4t que de s\u2019attaquer \u00e0 la t\u00e2che principale. D\u00e9calage entre intention et actionIl y a souvent un \u00e9cart entre ce qu\u2019on pr\u00e9voit de faire et ce qu\u2019on fait r\u00e9ellement. On se dit \u201cje vais m\u2019y mettre tout de suite\u201d, mais au moment d\u2019agir, on se retrouve \u00e0 faire tout autre chose.Ce d\u00e9calage entre la planification et l\u2019action est l\u2019un des signes les plus caract\u00e9ristiques de la procrastination. Il peut \u00eatre accentu\u00e9 par une surcharge mentale, lorsque le cerveau est satur\u00e9 d\u2019informations, de t\u00e2ches ou de distractions, ce qui rend difficile le passage \u00e0 l\u2019action m\u00eame lorsqu\u2019on sait quoi faire (Zhuo, 2024). Remettre souvent \u00e0 plus tard des t\u00e2ches importantesReporter une t\u00e2che importante parce qu\u2019on la trouve ennuyeuse, stressante ou trop difficile \u00e0 commencer. Chez les \u00e9tudiants, ce comportement touche particuli\u00e8rement les activit\u00e9s li\u00e9es aux \u00e9tudes, mais aussi les t\u00e2ches domestiques, la sant\u00e9 ou la vie personnelle (Khan, 2025). Plus largement, la procrastination est \u00e9galement r\u00e9pandue chez les adultes actifs, y compris dans le milieu professionnel, o\u00f9 elle peut impacter la productivit\u00e9 et le bien-\u00eatre (Hajek et al., 2025). Selon certaines \u00e9tudes, environ 70 % des \u00e9tudiants d\u00e9clarent procrastiner r\u00e9guli\u00e8rement pour leurs \u00e9tudes, et pr\u00e8s de 57 % pour des t\u00e2ches du quotidien (Khan, 2025). Passer des heures sur des distractionsPasser plus de 3 \u00e0 4 heures par jour sur les r\u00e9seaux sociaux, YouTube ou la t\u00e9l\u00e9vision avant de commencer une t\u00e2che importante, en se disant qu\u2019on \u201ccommencera dans cinq minutes\u201d ou qu\u2019on \u201csera plus concentr\u00e9 plus tard\u201d. Ces activit\u00e9s, souvent per\u00e7ues comme une pause ou une r\u00e9compense, deviennent une forme de fuite \u00e9motionnelle lorsqu\u2019elles servent \u00e0 \u00e9viter l\u2019inconfort li\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che (Khan, 2025 ; Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007). Comparaison et \u00e9vitementLa peur de l\u2019\u00e9chec ou du jugement peut pousser \u00e0 \u00e9viter de commencer un projet par crainte de ne pas \u00eatre \u00ab \u00e0 la hauteur \u00bb. On se r\u00e9fugie alors dans des t\u00e2ches secondaires plus gratifiantes \u00e0 court terme, comme r\u00e9organiser ses fichiers, r\u00e9pondre \u00e0 des e-mails, ranger son espace de travail ou passer du temps \u00e0 planifier plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 agir. Ces activit\u00e9s donnent l\u2019impression d\u2019\u00eatre productif, mais elles servent surtout \u00e0 \u00e9viter la t\u00e2che principale (Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007 ; Khan et al., 2025). Ressentir culpabilit\u00e9 et stress apr\u00e8s coupUne \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s de 624 \u00e9tudiants universitaires a montr\u00e9 que 85 % d\u2019entre eux ressentaient de la culpabilit\u00e9 ou des remords apr\u00e8s avoir procrastin\u00e9, en se disant \u201cj\u2019aurais d\u00fb m\u2019y mettre plus t\u00f4t\u201d ou \u201cje manque de discipline\u201d. Ces pens\u00e9es entretiennent un cercle vicieux : plus on se critique, plus on se sent stress\u00e9 et d\u00e9motiv\u00e9, et plus on a tendance \u00e0 procrastiner \u00e0 nouveau (Khan et al., 2025 ; Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007). Effets sur la performance et la qualit\u00e9 du travailLa procrastination ne se limite pas \u00e0 un simple retard : elle influence directement la qualit\u00e9 du travail et les r\u00e9sultats obtenus.Chez les \u00e9tudiants en programmation, ceux qui attendent le dernier moment pour commencer leurs projets produisent souvent un code moins structur\u00e9, avec davantage d\u2019erreurs, et obtiennent de moins bonnes notes (Firth &amp; Denny, 2024 ; Edwards &amp; Kazerouni, 2025). Ces retards s\u2019accompagnent d\u2019un stress accru \u00e0 l\u2019approche des \u00e9ch\u00e9ances, ce qui nuit \u00e0 la concentration et \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9. Dans le milieu professionnel, les effets sont similaires. Des recherches montrent que plus une personne repousse ses t\u00e2ches, plus sa performance diminue, qu\u2019il s\u2019agisse des missions principales (ex. respecter une \u00e9ch\u00e9ance) ou d\u2019initiatives spontan\u00e9es (aider un coll\u00e8gue, proposer une id\u00e9e) (Metin, Peeters &amp; Taris, 2018). Une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s de plus de 22 000 adultes r\u00e9v\u00e8le que ceux qui procrastinent souvent gagnent moins, changent plus fr\u00e9quemment d\u2019emploi et se sentent moins satisfaits de leur travail (Nguyen, Steel &amp; Ferrari, 2013). Ce cercle vicieux de retards, de stress et de perte de motivation fragilise la confiance en soi et la qualit\u00e9 de vie professionnelle. Chez les d\u00e9veloppeurs, la tendance est comparable. Selon une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019ing\u00e9nieurs logiciels, la procrastination appara\u00eet surtout sur les projets longs ou mal cadr\u00e9s, o\u00f9 les attentes sont floues. Cela peut g\u00e9n\u00e9rer du stress, r\u00e9duire la qualit\u00e9 du code et provoquer des retards dans les livrables (Beaird, 2025). Les causes Pourquoi remet-on toujours \u00e0 plus tard ?Les recherches r\u00e9centes montrent que la procrastination est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe, influenc\u00e9 \u00e0 la fois par la personnalit\u00e9, les \u00e9motions et le contexte dans lequel on \u00e9volue: La gestion du temps : un point centralParmi les causes sous-jacentes, la mauvaise gestion du temps reste la plus fr\u00e9quente. Une \u00e9tude montre qu\u2019elle est mentionn\u00e9e par plus des trois quarts des participants (76,2 %), suivie de l\u2019ennui (59,7 %), de la distraction (57,9 %) et du manque de motivation (57,3 %) (Khan, 2025 ; Jayalakshmi et al., 2024). Les \u00e9tudiants reconnaissent souvent avoir du mal \u00e0 hi\u00e9rarchiser leurs priorit\u00e9s ou \u00e0 estimer correctement le temps n\u00e9cessaire \u00e0 une t\u00e2che, ce qui les pousse \u00e0 la repousser. L\u2019environnement et le mode de vieLe contexte joue aussi un r\u00f4le important. Les \u00e9tudiants vivant en ville ont tendance \u00e0 procrastiner davantage que ceux des zones rurales (Jose et al., 2022). En milieu urbain, le t\u00e9l\u00e9phone est devenu un outil incontournable du quotidien, car on s\u2019en sert pour payer, scanner un code QR, chercher un itin\u00e9raire ou v\u00e9rifier une information. Cette utilisation constante cr\u00e9e de nombreuses distractions num\u00e9riques, comme les notifications, les vid\u00e9os ou les r\u00e9seaux sociaux, qui interrompent r\u00e9guli\u00e8rement la concentration et facilitent le report d\u2019une t\u00e2che.Dans les zones rurales, ces distractions sont souvent moins nombreuses : l\u2019acc\u00e8s \u00e0 Internet est parfois plus limit\u00e9, et le rythme de vie peut offrir moins de sollicitations num\u00e9riques. Ces diff\u00e9rences d\u2019environnement pourraient expliquer pourquoi la procrastination li\u00e9e aux \u00e9crans est plus marqu\u00e9e en ville (Sapienza et al., 2023 ; Olson et al., 2022). La surcharge acad\u00e9mique et le stressLes \u00e9tudiants confront\u00e9s \u00e0 une forte charge de travail ont tendance \u00e0 procrastiner davantage, surtout le soir, apr\u00e8s des journ\u00e9es longues et \u00e9prouvantes (Zhuo, 2024). Plus le stress augmente, plus le besoin de se d\u00e9tendre ou de se changer les id\u00e9es devient fort. On se dit \u201callez, encore quelques minutes\u201d, on regarde une vid\u00e9o ou on scrolle sur le t\u00e9l\u00e9phone \u2014 puis le temps file. Sur le&nbsp;moment, cela apaise un peu, mais ensuite la peur d\u2019\u00e9chouer ou la culpabilit\u00e9 ressurgit, parfois plus&nbsp;forte qu\u2019avant. Ce va-et-vient \u00e9motionnel nourrit un cercle vicieux : chaque pause retard\u00e9e complique le retour \u00e0 l\u2019action. La fatigueLa fatigue joue aussi un r\u00f4le important. Quand on manque de sommeil, notre cerveau a plus de mal \u00e0 se concentrer ou \u00e0 r\u00e9guler ses \u00e9motions, ce qui rend la procrastination plus probable. Par exemple, dans une exp\u00e9rience avec des d\u00e9veloppeurs, une nuit sans sommeil a r\u00e9duit de 50 % la qualit\u00e9 du code produit et augment\u00e9 le nombre d\u2019erreurs (Fucci, Scanniello, Romano &amp; Juristo, 2018). Le r\u00f4le de l\u2019attention dans la procrastinationLa mani\u00e8re dont on g\u00e8re notre attention influence fortement notre propension \u00e0 procrastiner.Une \u00e9tude a observ\u00e9 que les personnes qui repoussent souvent leurs t\u00e2ches montrent des signes d\u2019affaiblissement de l\u2019attention dans des situations exigeantes (Micha\u0142owski et al., 2020). Une autre recherche montre que les personnes qui ont du mal \u00e0 r\u00e9guler leurs pens\u00e9es ou leurs \u00e9motions, et dont l\u2019esprit a tendance \u00e0 s\u2019\u00e9parpiller, sont plus susceptibles de remettre leurs t\u00e2ches \u00e0 plus tard (Wiwatowska et al., 2025). Selon Tan (2025), trois dimensions du contr\u00f4le attentionnel jouent un r\u00f4le important dans le lien entre confiance en soi et procrastination: &#8211; Exemple: vous \u00eates en train de coder, mais votre t\u00e9l\u00e9phone vibre ou une notification appara\u00eet. Si vous vous laissez interrompre \u00e0 chaque fois, il faut plusieurs minutes pour retrouver votre concentration. Quand cette persistance est faible, la t\u00e2che devient morcel\u00e9e, p\u00e9nible \u00e0 reprendre, et vous finissez par la remettre \u00e0 plus tard. &#8211; Exemple : vous essayez d\u2019avancer sur un projet, mais votre esprit passe sans arr\u00eat d\u2019un onglet \u00e0 l\u2019autre, entre votre code, vos e-mails et une recherche Google. Plus vous changez de t\u00e2che, plus votre concentration diminue, et plus il devient difficile de s\u2019y remettre. La procrastination appara\u00eet souvent \u00e0 ce moment-l\u00e0, quand l\u2019effort mental pour reprendre semble trop lourd. &#8211; Exemple : vous tentez de corriger un bug tout en suivant une r\u00e9union et en r\u00e9pondant \u00e0 des messages. Vous avancez un peu sur chaque chose, mais lentement, avec plus d\u2019erreurs. Ce sentiment de ne rien terminer \u00e9puise mentalement et pousse \u00e0 tout repousser. En voulant trop en faire \u00e0 la fois, vous finissez par ralentir sur tout. Quand une personne est confiante (auto-efficacit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e), elle est plus susceptible de pers\u00e9v\u00e9rer et de rester concentr\u00e9e, ce qui aide \u00e0 \u00e9viter la procrastination. Toutefois, si cette m\u00eame personne tente de faire trop de choses en parall\u00e8le, donc en r\u00e9partissant son attention, elle peut au contraire retarder les t\u00e2ches (Tan, 2025). A cela s\u2019ajoute un facteur \u00e9troitement li\u00e9 et souvent oubli\u00e9 et d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 plus haut: la fatigue. Quand on est \u00e9puis\u00e9, notre attention vacille, notre volont\u00e9 baisse, et il devient beaucoup plus difficile de lutter contre les distractions. Cela rend la procrastination plus probable, m\u00eame si on veut vraiment avancer. Confiance en soi : trop peu ou tropLa confiance en soi (autrement dit le sentiment qu\u2019on peut r\u00e9ussir, donc l&rsquo;auto-efficacit\u00e9) joue un r\u00f4le central dans notre capacit\u00e9 \u00e0 agir. Lorsqu\u2019on doute de ses comp\u00e9tences ou qu\u2019on anticipe l\u2019\u00e9chec, on a tendance \u00e0 repousser les t\u00e2ches importantes, surtout celles per\u00e7ues comme difficiles ou risqu\u00e9es. Plusieurs recherches montrent qu\u2019un faible niveau de confiance en soi est li\u00e9 \u00e0 une plus forte propension \u00e0 procrastiner (Liu et al., 2020; Wiwatowska et al., 2025; Sirois &amp; Pychyl, 2013). Mais attention : trop de confiance peut parfois jouer contre soi. Certaines \u00e9tudes indiquent que des personnes qui surestiment leur capacit\u00e9 \u00e0 terminer une t\u00e2che procrastinent parce qu\u2019elles pensent pouvoir \u201crattraper le temps\u201d ou sous-estiment sa difficult\u00e9 r\u00e9elle (Ho, Ye &amp; Wang, 2020). Le r\u00f4le des \u00e9motions dans la procrastinationCertaines recherches montrent que la procrastination ne vient pas seulement d\u2019un manque d\u2019organisation, mais aussi de la mani\u00e8re dont on g\u00e8re ses \u00e9motions. Par exemple, une \u00e9tude qui a suivi des \u00e9tudiants pendant tout un semestre a montr\u00e9 que plus les \u00e9motions sont difficiles \u00e0 contr\u00f4ler, plus on a tendance \u00e0 remettre les choses \u00e0 plus tard (Chen &amp; Chung, 2025). G\u00e9rer ses \u00e9motions, c\u2019est savoir reconna\u00eetre ce qu\u2019on ressent et r\u00e9agir sans se laisser submerger.Quand on g\u00e8re mal ses \u00e9motions, on peut se sentir vite d\u00e9pass\u00e9, stress\u00e9 ou d\u00e9courag\u00e9 face \u00e0 une t\u00e2che, et on pr\u00e9f\u00e8re alors l\u2019\u00e9viter. Ce sont surtout les \u00e9motions d\u00e9sagr\u00e9ables comme la peur de l\u2019\u00e9chec, la frustration ou le stress qui d\u00e9clenchent ce m\u00e9canisme. Une autre \u00e9tude, utilisant des images du cerveau, a montr\u00e9 que les personnes qui r\u00e9gulent mieux leurs \u00e9motions, c\u2019est-\u00e0-dire qui arrivent \u00e0 apaiser ou canaliser ces sentiments difficiles, ont tendance \u00e0 moins procrastiner (Li, Zhang &amp; Feng, 2024).De m\u00eame, une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019\u00e9tudiants en sciences m\u00e9dicales a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que ceux qui manquent de confiance en eux et ont du mal \u00e0 g\u00e9rer leurs \u00e9motions, par exemple \u00e0 reconna\u00eetre ce qu\u2019ils ressentent ou \u00e0 contr\u00f4ler leurs impulsions, sont plus susceptibles de procrastiner (Rad et al., 2025). Cela sugg\u00e8re que la procrastination est souvent le signe d\u2019un \u00e9puisement \u00e9motionnel ou d\u2019un stress int\u00e9rieur mal g\u00e9r\u00e9, plut\u00f4t qu\u2019un simple probl\u00e8me d\u2019organisation. Types de procrastination Toutes les formes de procrastination ne se ressemblent pas. Selon les recherches, les raisons de remettre \u00e0 plus tard et la mani\u00e8re dont cela se manifeste varient d\u2019une personne \u00e0 l\u2019autre. Comprendre ces diff\u00e9rences aide \u00e0 mieux rep\u00e9rer ce qui se joue derri\u00e8re le comportement. La forme la plus connue est la procrastination \u00ab classique \u00bb, celle o\u00f9 l\u2019on retarde une t\u00e2che importante en se r\u00e9fugiant dans des activit\u00e9s plus faciles ou plus agr\u00e9ables. On se dit que l\u2019on commencera \u201cquand on sera pr\u00eat\u201d, \u201cdans dix minutes\u201d ou \u201capr\u00e8s une petite pause\u201d. Ce type de procrastination est souvent li\u00e9 \u00e0 la peur de l\u2019\u00e9chec, \u00e0 un perfectionnisme trop exigeant ou \u00e0 une fatigue mentale qui bloque le passage \u00e0 l\u2019action (Sirois &amp; Pychyl, 2013; Steel, 2007). Un autre type est ce qu\u2019on appelle la procrastination strat\u00e9gique. Certaines personnes choisissent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de retarder une t\u00e2che, non pas pour l\u2019\u00e9viter, mais pour se donner le temps de mieux r\u00e9fl\u00e9chir, rassembler leurs id\u00e9es ou attendre un moment de pression qui stimule leur cr\u00e9ativit\u00e9. Des \u00e9tudes ont montr\u00e9 que cette forme de \u201cretard actif\u201d peut, dans certains cas, conduire \u00e0 de meilleures performances ou \u00e0 des solutions plus originales (Smith &amp; Zhao, 2025). Cela dit, elle reste un jeu d\u2019\u00e9quilibre : attendre trop longtemps transforme souvent une strat\u00e9gie r\u00e9fl\u00e9chie en stress inutile. Il existe aussi la procrastination du sommeil. C\u2019est le fait de repousser l\u2019heure du coucher alors m\u00eame qu\u2019on est fatigu\u00e9, souvent pour r\u00e9cup\u00e9rer un moment \u00e0 soi apr\u00e8s une journ\u00e9e charg\u00e9e. On reste scotch\u00e9 \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone, on d\u00e9file les r\u00e9seaux ou on regarde \u201cjuste un dernier \u00e9pisode\u201d. Ce comportement est li\u00e9 \u00e0 une surcharge mentale et \u00e0 un besoin de reprendre le contr\u00f4le sur son temps libre (Zhuo, 2024). \u00c0 la longue, il nuit au sommeil et renforce la fatigue, ce qui entretient le cercle vicieux de la procrastination le lendemain. Enfin, certaines recherches distinguent la procrastination situationnelle, qui appara\u00eet dans des contextes pr\u00e9cis comme un projet flou, une charge trop lourde ou une consigne mal comprise.Chez les d\u00e9veloppeurs, par exemple, ce type de procrastination se manifeste souvent lors de projets \u00e0 long terme, o\u00f9 les attentes sont peu claires ou les objectifs mal d\u00e9finis (Beaird, 2025). L\u2019incertitude cr\u00e9e alors une forme de paralysie mentale : on ne sait pas par o\u00f9 commencer, donc on attend. En somme, la procrastination n\u2019a pas qu\u2019un seul visage. Elle peut \u00eatre une fuite face \u00e0 la peur, une mani\u00e8re maladroite de se prot\u00e9ger de la fatigue, ou parfois une tentative sinc\u00e8re d\u2019optimiser son temps. La cl\u00e9 est d\u2019apprendre \u00e0 reconna\u00eetre son propre sch\u00e9ma pour pouvoir agir dessus avec plus de lucidit\u00e9 et de bienveillance. Quelles sont les cons\u00e9quences de la procrastination? Quand la procrastination devient une habitude qui dure dans le temps, elle finit par avoir un vrai impact sur la sant\u00e9 mentale, les relations avec les autres et la performance, que ce soit au travail ou \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Des effets sur les \u00e9tudes et le travailRepousser sans cesse les t\u00e2ches finit par nuire \u00e0 l\u2019apprentissage et \u00e0 la productivit\u00e9.Les \u00e9tudiants qui procrastinent ont tendance \u00e0 accumuler du retard, \u00e0 produire un travail de moindre qualit\u00e9 et \u00e0 \u00e9prouver plus de difficult\u00e9s \u00e0 respecter les \u00e9ch\u00e9ances (Jayalakshmi et al., 2024 ; Khan, 2025). 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La procrastination est souvent per\u00e7ue comme \u00ab\u00a0juste\u00a0\u00bb de la paresse, un manque de motivation ou de discipline. Pourtant, ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment le cas. En r\u00e9alit\u00e9, derri\u00e8re la procrastination peut se cacher une mani\u00e8re parfois inconsciente d&rsquo;\u00e9viter un r\u00e9el inconfort \u00e9motionnel li\u00e9 \u00e0 une t\u00e2che ou une responsabilit\u00e9. Il peut \u00eatre donc utile d&rsquo;approfondir le sujet pour mieux se comprendre soi-m\u00eame et ses propres besoins, afin de trouver les strat\u00e9gies \u00e0 utiliser pour maintenir au mieux sa productivit\u00e9. Dans les lignes qui suivent, j&rsquo;explique&nbsp;ce qu\u2019est la procrastination, pourquoi elle appara\u00eet et ce qui peut aider \u00e0 la surmonter. Si vous pr\u00e9f\u00e9rez&nbsp;une version plus compacte, vous pouvez \u00e9galement consulter la&nbsp;vid\u00e9o ci-dessous. En quoi consiste pr\u00e9cis\u00e9ment la procrastination? Issu du latin \u00ab procrastinatio \u00bb qui signifie \u00ab remettre \u00e0 demain \u00bb, le mot \u00ab procrastination \u00bb garde aujourd\u2019hui le m\u00eame sens : celui de retarder volontairement une t\u00e2che qu\u2019on pourrait accomplir tout de suite (Online Etymology Dictionary; CNRTL). Autrement dit, la procrastination, c\u2019est le fait de repousser ce qu\u2019on doit faire, parce qu\u2019on se sent d\u00e9pass\u00e9, fatigu\u00e9 ou qu\u2019on doute de soi. Ce comportement tr\u00e8s courant touche surtout les \u00e9tudiants, mais aussi beaucoup d\u2019adultes, dans leur vie professionnelle comme personnelle. On reporte ainsi volontairement une action pr\u00e9vue, car notre capacit\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer nos intentions est souvent submerg\u00e9e, m\u00eame quand on sait que cela aura des cons\u00e9quences n\u00e9gatives (Khan, 2025; Steel, 2007). Elle affecte aussi bien les sph\u00e8res personnelles qu\u2019acad\u00e9miques et peut diminuer le bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral. Les applications, rappels et to-do lists peuvent aider pendant un temps, mais elles ne r\u00e8glent pas le fond du probl\u00e8me. Au bout d\u2019un moment, les personnes qui procrastinent trouvent souvent un moyen de contourner ces outils ou de retomber dans leurs anciennes habitudes (Jayalakshmi &amp; Punithavalli, 2024 ; Jose &amp; Qasim, 2022 ; Khan et al., 2025 ; Hajek et al., 2025). En r\u00e9alit\u00e9, la procrastination refl\u00e8te une difficult\u00e9 d\u2019autor\u00e9gulation : on peine \u00e0 g\u00e9rer ses \u00e9motions ou \u00e0 se mettre en action au bon moment (Steel, 2007). P.S.: Au fait, c\u2019est quoi la diff\u00e9rence entre la procrastination et la paresse ? La paresse signifie g\u00e9n\u00e9ralement manquer d\u2019envie ou d\u2019effort pour faire une activit\u00e9. La personne n\u2019est pas forc\u00e9ment en conflit avec elle-m\u00eame int\u00e9rieurement: il se peut m\u00eame qu\u2019elle soit relativement indiff\u00e9rente au r\u00e9sultat de son \u00e9vitement de la t\u00e2che. Dans ce cas, la personne n\u2019a pas vraiment l\u2019intention de faire la t\u00e2che et peut se sentir \u00e0 l\u2019aise avec cela. La procrastination, en revanche, signifie que la personne retarde une t\u00e2che tout en sachant que ce retard risque d\u2019avoir des cons\u00e9quences n\u00e9gatives. L\u2019intention de faire la t\u00e2che est bien pr\u00e9sente, mais un blocage int\u00e9rieur (p.ex. li\u00e9 au stress, \u00e0 la peur de l\u2019\u00e9chec ou \u00e0 l\u2019inconfort) emp\u00eache la personne de s\u2019y mettre. Cela peut alors cr\u00e9er un conflit int\u00e9rieur et un sentiment de culpabilit\u00e9 (Burton, 2015). Identifier les signes de la procrastination La procrastination ne se r\u00e9sume pas \u00e0 \u00ab manquer de motivation \u00bb : c\u2019est un ensemble de comportements et de pens\u00e9es qui freinent l\u2019action et augmentent le stress. Voici les signes les plus fr\u00e9quents observ\u00e9s dans la recherche : Difficult\u00e9 \u00e0 g\u00e9rer le temps ou \u00e0 s\u2019y mettreLa procrastination est souvent li\u00e9e \u00e0 une mauvaise gestion du temps et \u00e0 une tendance \u00e0 \u00e9viter les t\u00e2ches qu\u2019on trouve trop longues, complexes ou stressantes (Jose et al., 2022). Par exemple, on peut pr\u00e9f\u00e9rer ranger son bureau ou r\u00e9pondre \u00e0 ses e-mails plut\u00f4t que de s\u2019attaquer \u00e0 la t\u00e2che principale. D\u00e9calage entre intention et actionIl y a souvent un \u00e9cart entre ce qu\u2019on pr\u00e9voit de faire et ce qu\u2019on fait r\u00e9ellement. On se dit \u201cje vais m\u2019y mettre tout de suite\u201d, mais au moment d\u2019agir, on se retrouve \u00e0 faire tout autre chose.Ce d\u00e9calage entre la planification et l\u2019action est l\u2019un des signes les plus caract\u00e9ristiques de la procrastination. Il peut \u00eatre accentu\u00e9 par une surcharge mentale, lorsque le cerveau est satur\u00e9 d\u2019informations, de t\u00e2ches ou de distractions, ce qui rend difficile le passage \u00e0 l\u2019action m\u00eame lorsqu\u2019on sait quoi faire (Zhuo, 2024). Remettre souvent \u00e0 plus tard des t\u00e2ches importantesReporter une t\u00e2che importante parce qu\u2019on la trouve ennuyeuse, stressante ou trop difficile \u00e0 commencer. Chez les \u00e9tudiants, ce comportement touche particuli\u00e8rement les activit\u00e9s li\u00e9es aux \u00e9tudes, mais aussi les t\u00e2ches domestiques, la sant\u00e9 ou la vie personnelle (Khan, 2025). Plus largement, la procrastination est \u00e9galement r\u00e9pandue chez les adultes actifs, y compris dans le milieu professionnel, o\u00f9 elle peut impacter la productivit\u00e9 et le bien-\u00eatre (Hajek et al., 2025). Selon certaines \u00e9tudes, environ 70 % des \u00e9tudiants d\u00e9clarent procrastiner r\u00e9guli\u00e8rement pour leurs \u00e9tudes, et pr\u00e8s de 57 % pour des t\u00e2ches du quotidien (Khan, 2025). Passer des heures sur des distractionsPasser plus de 3 \u00e0 4 heures par jour sur les r\u00e9seaux sociaux, YouTube ou la t\u00e9l\u00e9vision avant de commencer une t\u00e2che importante, en se disant qu\u2019on \u201ccommencera dans cinq minutes\u201d ou qu\u2019on \u201csera plus concentr\u00e9 plus tard\u201d. Ces activit\u00e9s, souvent per\u00e7ues comme une pause ou une r\u00e9compense, deviennent une forme de fuite \u00e9motionnelle lorsqu\u2019elles servent \u00e0 \u00e9viter l\u2019inconfort li\u00e9 \u00e0 la t\u00e2che (Khan, 2025 ; Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007). Comparaison et \u00e9vitementLa peur de l\u2019\u00e9chec ou du jugement peut pousser \u00e0 \u00e9viter de commencer un projet par crainte de ne pas \u00eatre \u00ab \u00e0 la hauteur \u00bb. On se r\u00e9fugie alors dans des t\u00e2ches secondaires plus gratifiantes \u00e0 court terme, comme r\u00e9organiser ses fichiers, r\u00e9pondre \u00e0 des e-mails, ranger son espace de travail ou passer du temps \u00e0 planifier plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 agir. Ces activit\u00e9s donnent l\u2019impression d\u2019\u00eatre productif, mais elles servent surtout \u00e0 \u00e9viter la t\u00e2che principale (Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007 ; Khan et al., 2025). Ressentir culpabilit\u00e9 et stress apr\u00e8s coupUne \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s de 624 \u00e9tudiants universitaires a montr\u00e9 que 85 % d\u2019entre eux ressentaient de la culpabilit\u00e9 ou des remords apr\u00e8s avoir procrastin\u00e9, en se disant \u201cj\u2019aurais d\u00fb m\u2019y mettre plus t\u00f4t\u201d ou \u201cje manque de discipline\u201d. Ces pens\u00e9es entretiennent un cercle vicieux : plus on se critique, plus on se sent stress\u00e9 et d\u00e9motiv\u00e9, et plus on a tendance \u00e0 procrastiner \u00e0 nouveau (Khan et al., 2025 ; Sirois &amp; Pychyl, 2013 ; Steel, 2007). Effets sur la performance et la qualit\u00e9 du travailLa procrastination ne se limite pas \u00e0 un simple retard : elle influence directement la qualit\u00e9 du travail et les r\u00e9sultats obtenus.Chez les \u00e9tudiants en programmation, ceux qui attendent le dernier moment pour commencer leurs projets produisent souvent un code moins structur\u00e9, avec davantage d\u2019erreurs, et obtiennent de moins bonnes notes (Firth &amp; Denny, 2024 ; Edwards &amp; Kazerouni, 2025). Ces retards s\u2019accompagnent d\u2019un stress accru \u00e0 l\u2019approche des \u00e9ch\u00e9ances, ce qui nuit \u00e0 la concentration et \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9. Dans le milieu professionnel, les effets sont similaires. Des recherches montrent que plus une personne repousse ses t\u00e2ches, plus sa performance diminue, qu\u2019il s\u2019agisse des missions principales (ex. respecter une \u00e9ch\u00e9ance) ou d\u2019initiatives spontan\u00e9es (aider un coll\u00e8gue, proposer une id\u00e9e) (Metin, Peeters &amp; Taris, 2018). Une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s de plus de 22 000 adultes r\u00e9v\u00e8le que ceux qui procrastinent souvent gagnent moins, changent plus fr\u00e9quemment d\u2019emploi et se sentent moins satisfaits de leur travail (Nguyen, Steel &amp; Ferrari, 2013). Ce cercle vicieux de retards, de stress et de perte de motivation fragilise la confiance en soi et la qualit\u00e9 de vie professionnelle. Chez les d\u00e9veloppeurs, la tendance est comparable. Selon une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019ing\u00e9nieurs logiciels, la procrastination appara\u00eet surtout sur les projets longs ou mal cadr\u00e9s, o\u00f9 les attentes sont floues. Cela peut g\u00e9n\u00e9rer du stress, r\u00e9duire la qualit\u00e9 du code et provoquer des retards dans les livrables (Beaird, 2025). Les causes Pourquoi remet-on toujours \u00e0 plus tard ?Les recherches r\u00e9centes montrent que la procrastination est un ph\u00e9nom\u00e8ne complexe, influenc\u00e9 \u00e0 la fois par la personnalit\u00e9, les \u00e9motions et le contexte dans lequel on \u00e9volue: La gestion du temps : un point centralParmi les causes sous-jacentes, la mauvaise gestion du temps reste la plus fr\u00e9quente. Une \u00e9tude montre qu\u2019elle est mentionn\u00e9e par plus des trois quarts des participants (76,2 %), suivie de l\u2019ennui (59,7 %), de la distraction (57,9 %) et du manque de motivation (57,3 %) (Khan, 2025 ; Jayalakshmi et al., 2024). Les \u00e9tudiants reconnaissent souvent avoir du mal \u00e0 hi\u00e9rarchiser leurs priorit\u00e9s ou \u00e0 estimer correctement le temps n\u00e9cessaire \u00e0 une t\u00e2che, ce qui les pousse \u00e0 la repousser. L\u2019environnement et le mode de vieLe contexte joue aussi un r\u00f4le important. Les \u00e9tudiants vivant en ville ont tendance \u00e0 procrastiner davantage que ceux des zones rurales (Jose et al., 2022). En milieu urbain, le t\u00e9l\u00e9phone est devenu un outil incontournable du quotidien, car on s\u2019en sert pour payer, scanner un code QR, chercher un itin\u00e9raire ou v\u00e9rifier une information. Cette utilisation constante cr\u00e9e de nombreuses distractions num\u00e9riques, comme les notifications, les vid\u00e9os ou les r\u00e9seaux sociaux, qui interrompent r\u00e9guli\u00e8rement la concentration et facilitent le report d\u2019une t\u00e2che.Dans les zones rurales, ces distractions sont souvent moins nombreuses : l\u2019acc\u00e8s \u00e0 Internet est parfois plus limit\u00e9, et le rythme de vie peut offrir moins de sollicitations num\u00e9riques. Ces diff\u00e9rences d\u2019environnement pourraient expliquer pourquoi la procrastination li\u00e9e aux \u00e9crans est plus marqu\u00e9e en ville (Sapienza et al., 2023 ; Olson et al., 2022). La surcharge acad\u00e9mique et le stressLes \u00e9tudiants confront\u00e9s \u00e0 une forte charge de travail ont tendance \u00e0 procrastiner davantage, surtout le soir, apr\u00e8s des journ\u00e9es longues et \u00e9prouvantes (Zhuo, 2024). Plus le stress augmente, plus le besoin de se d\u00e9tendre ou de se changer les id\u00e9es devient fort. On se dit \u201callez, encore quelques minutes\u201d, on regarde une vid\u00e9o ou on scrolle sur le t\u00e9l\u00e9phone \u2014 puis le temps file. Sur le&nbsp;moment, cela apaise un peu, mais ensuite la peur d\u2019\u00e9chouer ou la culpabilit\u00e9 ressurgit, parfois plus&nbsp;forte qu\u2019avant. Ce va-et-vient \u00e9motionnel nourrit un cercle vicieux : chaque pause retard\u00e9e complique le retour \u00e0 l\u2019action. La fatigueLa fatigue joue aussi un r\u00f4le important. Quand on manque de sommeil, notre cerveau a plus de mal \u00e0 se concentrer ou \u00e0 r\u00e9guler ses \u00e9motions, ce qui rend la procrastination plus probable. Par exemple, dans une exp\u00e9rience avec des d\u00e9veloppeurs, une nuit sans sommeil a r\u00e9duit de 50 % la qualit\u00e9 du code produit et augment\u00e9 le nombre d\u2019erreurs (Fucci, Scanniello, Romano &amp; Juristo, 2018). Le r\u00f4le de l\u2019attention dans la procrastinationLa mani\u00e8re dont on g\u00e8re notre attention influence fortement notre propension \u00e0 procrastiner.Une \u00e9tude a observ\u00e9 que les personnes qui repoussent souvent leurs t\u00e2ches montrent des signes d\u2019affaiblissement de l\u2019attention dans des situations exigeantes (Micha\u0142owski et al., 2020). Une autre recherche montre que les personnes qui ont du mal \u00e0 r\u00e9guler leurs pens\u00e9es ou leurs \u00e9motions, et dont l\u2019esprit a tendance \u00e0 s\u2019\u00e9parpiller, sont plus susceptibles de remettre leurs t\u00e2ches \u00e0 plus tard (Wiwatowska et al., 2025). Selon Tan (2025), trois dimensions du contr\u00f4le attentionnel jouent un r\u00f4le important dans le lien entre confiance en soi et procrastination: &#8211; Exemple: vous \u00eates en train de coder, mais votre t\u00e9l\u00e9phone vibre ou une notification appara\u00eet. Si vous vous laissez interrompre \u00e0 chaque fois, il faut plusieurs minutes pour retrouver votre concentration. Quand cette persistance est faible, la t\u00e2che devient morcel\u00e9e, p\u00e9nible \u00e0 reprendre, et vous finissez par la remettre \u00e0 plus tard. &#8211; Exemple : vous essayez d\u2019avancer sur un projet, mais votre esprit passe sans arr\u00eat d\u2019un onglet \u00e0 l\u2019autre, entre votre code, vos e-mails et une recherche Google. Plus vous changez de t\u00e2che, plus votre concentration diminue, et plus il devient difficile de s\u2019y remettre. La procrastination appara\u00eet souvent \u00e0 ce moment-l\u00e0, quand l\u2019effort mental pour reprendre semble trop lourd. &#8211; Exemple : vous tentez de corriger un bug tout en suivant une r\u00e9union et en r\u00e9pondant \u00e0 des messages. Vous avancez un peu sur chaque chose, mais lentement, avec plus d\u2019erreurs. Ce sentiment de ne rien terminer \u00e9puise mentalement et pousse \u00e0 tout repousser. En voulant trop en faire \u00e0 la fois, vous finissez par ralentir sur tout. Quand une personne est confiante (auto-efficacit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e), elle est plus susceptible de pers\u00e9v\u00e9rer et de rester concentr\u00e9e, ce qui aide \u00e0 \u00e9viter la procrastination. Toutefois, si cette m\u00eame personne tente de faire trop de choses en parall\u00e8le, donc en r\u00e9partissant son attention, elle peut au contraire retarder les t\u00e2ches (Tan, 2025). A cela s\u2019ajoute un facteur \u00e9troitement li\u00e9 et souvent oubli\u00e9 et d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 plus haut: la fatigue. Quand on est \u00e9puis\u00e9, notre attention vacille, notre volont\u00e9 baisse, et il devient beaucoup plus difficile de lutter contre les distractions. Cela rend la procrastination plus probable, m\u00eame si on veut vraiment avancer. Confiance en soi : trop peu ou tropLa confiance en soi (autrement dit le sentiment qu\u2019on peut r\u00e9ussir, donc l&rsquo;auto-efficacit\u00e9) joue un r\u00f4le central dans notre capacit\u00e9 \u00e0 agir. Lorsqu\u2019on doute de ses comp\u00e9tences ou qu\u2019on anticipe l\u2019\u00e9chec, on a tendance \u00e0 repousser les t\u00e2ches importantes, surtout celles per\u00e7ues comme difficiles ou risqu\u00e9es. Plusieurs recherches montrent qu\u2019un faible niveau de confiance en soi est li\u00e9 \u00e0 une plus forte propension \u00e0 procrastiner (Liu et al., 2020; Wiwatowska et al., 2025; Sirois &amp; Pychyl, 2013). Mais attention : trop de confiance peut parfois jouer contre soi. Certaines \u00e9tudes indiquent que des personnes qui surestiment leur capacit\u00e9 \u00e0 terminer une t\u00e2che procrastinent parce qu\u2019elles pensent pouvoir \u201crattraper le temps\u201d ou sous-estiment sa difficult\u00e9 r\u00e9elle (Ho, Ye &amp; Wang, 2020). Le r\u00f4le des \u00e9motions dans la procrastinationCertaines recherches montrent que la procrastination ne vient pas seulement d\u2019un manque d\u2019organisation, mais aussi de la mani\u00e8re dont on g\u00e8re ses \u00e9motions. Par exemple, une \u00e9tude qui a suivi des \u00e9tudiants pendant tout un semestre a montr\u00e9 que plus les \u00e9motions sont difficiles \u00e0 contr\u00f4ler, plus on a tendance \u00e0 remettre les choses \u00e0 plus tard (Chen &amp; Chung, 2025). G\u00e9rer ses \u00e9motions, c\u2019est savoir reconna\u00eetre ce qu\u2019on ressent et r\u00e9agir sans se laisser submerger.Quand on g\u00e8re mal ses \u00e9motions, on peut se sentir vite d\u00e9pass\u00e9, stress\u00e9 ou d\u00e9courag\u00e9 face \u00e0 une t\u00e2che, et on pr\u00e9f\u00e8re alors l\u2019\u00e9viter. Ce sont surtout les \u00e9motions d\u00e9sagr\u00e9ables comme la peur de l\u2019\u00e9chec, la frustration ou le stress qui d\u00e9clenchent ce m\u00e9canisme. Une autre \u00e9tude, utilisant des images du cerveau, a montr\u00e9 que les personnes qui r\u00e9gulent mieux leurs \u00e9motions, c\u2019est-\u00e0-dire qui arrivent \u00e0 apaiser ou canaliser ces sentiments difficiles, ont tendance \u00e0 moins procrastiner (Li, Zhang &amp; Feng, 2024).De m\u00eame, une \u00e9tude men\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019\u00e9tudiants en sciences m\u00e9dicales a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que ceux qui manquent de confiance en eux et ont du mal \u00e0 g\u00e9rer leurs \u00e9motions, par exemple \u00e0 reconna\u00eetre ce qu\u2019ils ressentent ou \u00e0 contr\u00f4ler leurs impulsions, sont plus susceptibles de procrastiner (Rad et al., 2025). Cela sugg\u00e8re que la procrastination est souvent le signe d\u2019un \u00e9puisement \u00e9motionnel ou d\u2019un stress int\u00e9rieur mal g\u00e9r\u00e9, plut\u00f4t qu\u2019un simple probl\u00e8me d\u2019organisation. Types de procrastination Toutes les formes de procrastination ne se ressemblent pas. Selon les recherches, les raisons de remettre \u00e0 plus tard et la mani\u00e8re dont cela se manifeste varient d\u2019une personne \u00e0 l\u2019autre. Comprendre ces diff\u00e9rences aide \u00e0 mieux rep\u00e9rer ce qui se joue derri\u00e8re le comportement. La forme la plus connue est la procrastination \u00ab classique \u00bb, celle o\u00f9 l\u2019on retarde une t\u00e2che importante en se r\u00e9fugiant dans des activit\u00e9s plus faciles ou plus agr\u00e9ables. On se dit que l\u2019on commencera \u201cquand on sera pr\u00eat\u201d, \u201cdans dix minutes\u201d ou \u201capr\u00e8s une petite pause\u201d. Ce type de procrastination est souvent li\u00e9 \u00e0 la peur de l\u2019\u00e9chec, \u00e0 un perfectionnisme trop exigeant ou \u00e0 une fatigue mentale qui bloque le passage \u00e0 l\u2019action (Sirois &amp; Pychyl, 2013; Steel, 2007). Un autre type est ce qu\u2019on appelle la procrastination strat\u00e9gique. Certaines personnes choisissent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de retarder une t\u00e2che, non pas pour l\u2019\u00e9viter, mais pour se donner le temps de mieux r\u00e9fl\u00e9chir, rassembler leurs id\u00e9es ou attendre un moment de pression qui stimule leur cr\u00e9ativit\u00e9. Des \u00e9tudes ont montr\u00e9 que cette forme de \u201cretard actif\u201d peut, dans certains cas, conduire \u00e0 de meilleures performances ou \u00e0 des solutions plus originales (Smith &amp; Zhao, 2025). Cela dit, elle reste un jeu d\u2019\u00e9quilibre : attendre trop longtemps transforme souvent une strat\u00e9gie r\u00e9fl\u00e9chie en stress inutile. Il existe aussi la procrastination du sommeil. C\u2019est le fait de repousser l\u2019heure du coucher alors m\u00eame qu\u2019on est fatigu\u00e9, souvent pour r\u00e9cup\u00e9rer un moment \u00e0 soi apr\u00e8s une journ\u00e9e charg\u00e9e. On reste scotch\u00e9 \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone, on d\u00e9file les r\u00e9seaux ou on regarde \u201cjuste un dernier \u00e9pisode\u201d. Ce comportement est li\u00e9 \u00e0 une surcharge mentale et \u00e0 un besoin de reprendre le contr\u00f4le sur son temps libre (Zhuo, 2024). \u00c0 la longue, il nuit au sommeil et renforce la fatigue, ce qui entretient le cercle vicieux de la procrastination le lendemain. Enfin, certaines recherches distinguent la procrastination situationnelle, qui appara\u00eet dans des contextes pr\u00e9cis comme un projet flou, une charge trop lourde ou une consigne mal comprise.Chez les d\u00e9veloppeurs, par exemple, ce type de procrastination se manifeste souvent lors de projets \u00e0 long terme, o\u00f9 les attentes sont peu claires ou les objectifs mal d\u00e9finis (Beaird, 2025). L\u2019incertitude cr\u00e9e alors une forme de paralysie mentale : on ne sait pas par o\u00f9 commencer, donc on attend. En somme, la procrastination n\u2019a pas qu\u2019un seul visage. Elle peut \u00eatre une fuite face \u00e0 la peur, une mani\u00e8re maladroite de se prot\u00e9ger de la fatigue, ou parfois une tentative sinc\u00e8re d\u2019optimiser son temps. La cl\u00e9 est d\u2019apprendre \u00e0 reconna\u00eetre son propre sch\u00e9ma pour pouvoir agir dessus avec plus de lucidit\u00e9 et de bienveillance. Quelles sont les cons\u00e9quences de la procrastination? Quand la procrastination devient une habitude qui dure dans le temps, elle finit par avoir un vrai impact sur la sant\u00e9 mentale, les relations avec les autres et la performance, que ce soit au travail ou \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Des effets sur les \u00e9tudes et le travailRepousser sans cesse les t\u00e2ches finit par nuire \u00e0 l\u2019apprentissage et \u00e0 la productivit\u00e9.Les \u00e9tudiants qui procrastinent ont tendance \u00e0 accumuler du retard, \u00e0 produire un travail de moindre qualit\u00e9 et \u00e0 \u00e9prouver plus de difficult\u00e9s \u00e0 respecter les \u00e9ch\u00e9ances (Jayalakshmi et al., 2024 ; Khan, 2025). 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